Toutes les générations ont à un moment besoin de se rebeller contre le système, contre les anciens.

Cette rebellion est rarement utile, et même, contre toute attente, elle promeut souvent le status quo !

Grèves scolaires pour le climat – utile ?

Aujourd’hui, pour des raisons probablement politiques et de buzz, on met en avant les grèves scolaires pour le climat, composées de lycéens et d’étudiants en Europe. Un mouvement notamment initié par Greta Thunberg, jeune suédoise de 16 ans que certains voient déjà comme le futur Prix Nobel de la paix.

Même si son combat est louable, il y a peu de chances pour qu’il fasse bouger quoi que ce soit.

Crédit Photo : Pressenza

Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’il insiste beaucoup trop sur le rôle des politiques et de l’industrie, trop peu sur celui des citoyens et qu’en plus il ne prend pas suffisamment en considération la plus grosse menace actuelle sur l’environnement.

 

En insistant sur les impacts marginaux, on décrédibilise un mouvement qui veut du changement

Dans ce mouvement des grèves scolaires pour le climat, on met sur le même plan le fait de prendre des douches plutôt que des bains, prendre le vélo plutôt que la voiture ou encore être végétarien plutôt qu’omnivore.

Depuis très jeune, j’entends ces messages qui insistent sur le fait d’éteindre la lumière quand on quitte une pièce, de baisser son thermostat d’un degré, de prendre le vélo plutôt que la voiture, de fermer le robinet quand on se brosse les dents, etc.

Mais celui qui est bien trop peu mis en avant, c’est l’impact bien plus considérable de nos choix alimentaires.

On entend souvent que selon la FAO (Food and Agriculture Organization – Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation), l’élevage serait responsable de 14% des émissions de gaz à effet de serre anthropiques (d’origine humaine).

En fait, ce chiffre est très en deçà de la réalité. Ce n’est pas 14%, mais au moins 51%.

Oui, tu as bien lu.

 

L’élevage est de loin le secteur le plus destructeur pour l’environnement

On nous parle en permanence du problème de la voiture (que je ne nie pas en matière de pollution atmosphérique, même si c’est loin d’être le seul problème), de l’industrie, etc. Mais on nous dit quasiment rien sur l’élevage et nos choix alimentaires alors que notre consommation de produit animaux serait responsable d’au moins 51% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

Ce chiffre provient d’un rapport de 2009 de Jeff Anhang et Robert Goodland, de la Banque Mondiale : « Livestock and climate change: What if the key actors in climate change are cows, pigs and chickens? » (on pourrait traduire ce titre par : « Elevage et changement climatique: et si les principaux émetteurs étaient les vaches, les cochons et les poules ? »)

En fait, ce rapport prend en considération de nombreux impacts qui avaient été ignorés par le précédent rapport de la FAO, qui avait déjà fait grand bruit : « Livestock’s Long Shadow« . Ce rapport de 2006 avançait alors le chiffre considérable de 18% des émissions de gaz à effet de serre liée à l’élevage.

Le chiffre de 51% est peu repris par les médias car il n’a pas été validé par la « communauté scientifique », enfermée dans une pensée qui tourne en rond et qui refuse de voir l’éléphant dans la pièce (the elephant in the room = le truc énorme, qu’on ne voit pas tellement c’est gros). Je me souviens avoir participé en 2009 à une conférence internationale de préparation à la COP15 sur le climat à Copenhague. J’avais été choqué de voir que tous ces scientifiques du monde entier n’avaient pour la plupart pas du tout compris l’impact énormissime de l’élevage sur les émissions de gaz à effet de serre. En fait, le niveau de réflexion général était pour le moins décevant. Et déjà à l’époque, on avait eu droit à tout un tas de déclarations politiques à côté de la plaque à l’ouverture du sommet, des manifestations à l’entrée du Palais des Congrès. Tout un ramdam sur le fait que c’est maintenant qu’on agit (on fait quoi concrètement ?) et que si on ne fait rien en gros on va tous mourrir (qu’on fasse quelque chose ou pas, on va tous mourir quand même pour rappel, haha !).

Pourtant, la méthodologie de Anhang et Goodland est plus complète, factuelle et intelligente que celle de la FAO, ce qui explique sans doute pourquoi Olivier De Schutter, rapport spécial des Nations Unies pour l’Alimentation a repris ce chiffre dans son rapport de fin de mandat pour l’Assemblée Générale des Nations Unies en janvier 2014. Il est vrai qu’il pouvait alors se lâcher complètement alors qu’il retrouvait sa liberté d’expression totale en quittant les Nations Unies.

Un petit mot pour ceux qui pensent que le changement climatique auquel nous assistons n’est peut-être pas entièrement lié aux activités humaines ou aux émissions de gaz à effet de serre, le problème reste le même.

A cause de ses besoins en terre et d’un modèle majoritairement agricole ultra-intensif, l’élevage est aussi de très loin la première ou parmi les premières causes de :

  • désertification, déforestation, destruction des sols
  • effondrement de la biodiversité
  • pollution de l’eau et pollution des sols
  • etc.

Crédit Photo : Futura-Sciences

La consommation de produits animaux est aussi la première cause de mortalité dans les pays riches

En plus de ça, la consommation de produits animaux est une des causes principales des problèmes de santé des pays riches (obésité, cancers, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, etc.).

Bref, je ne vois vraiment aucune raison pour justifier le fait qu’on continue à manger autant de produits animaux, à part – cherche l’intrus – parce que le Programme National Nutrition Santé (PNNS) a dit que c’était important (merci les nutritionnistes financés par les lobbies agroalimentaires !), parce que ça fait travailler des millions de personnes dans le monde, parce que Chirac aimait la tête de veau sauce Gribiche, ou tout simplement parce que les lobbies de l’élevage ont encore beaucoup trop de pouvoir.

 

Si tu veux agir pour l’environnement et pour la santé, réduis ta consommation de produits animaux !

Bref, si tu veux avoir un vrai impact positif sur ta santé et sur l’environnement, la première chose (et de loin) à faire, est de fortement réduire ta consommation de produits animaux (viande et produits laitiers en particulier).

Après, tu pourras moins prendre l’avion, faire du covoiturage, remplacer tes ampoules, prendre moins de bains si ça t’amuse. Mais d’abord et avant tout, moins de produits animaux dans ton alimentation. D’abord on s’occupe de cet énorme problème car le reste est « presque » secondaire au niveau de la planète (et de la santé).

 

Retrouve-moi à Prague les 18 et 19 mai pour prolonger le débat :)

Sinon, je serai speaker à la conférence Holistic Europe à Prague les samedi 18 et dimanche 19 mai prochains. Toutes les infos sont sur ce lien : https://holistic-europe.com/en/en/. Je précise que toutes les conférences seront en anglais ou tchèque (avec traduction en tchèque ou anglais).

Je ferai 3 interventions :
– How to deal with stress – Wake up your inner child
– Shocking facts about early disease detection
– Change the habits that really matter

Pour les personnes qui me suivent, il y a une réduction de 15% en rentrant le code de réduction Jeremie2019

J’espère voir de nombreux francophones à cet événement !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

Dis-moi (poliment) ce que tu as pensé de cet article dans les commentaires :)

 

Sources :
– Le Monde (2019) En Suède, Greta Thunberg, en « grève scolaire » pour le climat, https://www.lemonde.fr/climat/visuel/2018/12/13/en-suede-greta-thunberg-en-greve-scolaire-pour-le-climat_5396984_1652612.html
– L’Obs (2019) Greta Thunberg, égérie de la lutte pour le climat, proposée pour le Nobel de la paix, https://www.nouvelobs.com/planete/20190314.OBS1755/greta-thunberg-egerie-de-la-lutte-pour-le-climat-proposee-pour-le-nobel-de-la-paix.html
– FAO : http://www.fao.org/news/story/en/item/197623/icode/
– Anhang J & Goodland R (2009), Livestock and climate change: What if the key actors in climate change are cows, pigs and chickens?, WorldWatch Institute, https://fr.scribd.com/document/21799077/Livestock-and-Climate-Change
– Steinfeld H et al. (2006) Livestock’s Long Shadow, FAO, http://www.fao.org/3/a0701e/a0701e00.htm
– De Schuetter O (2014) Report of the Special Rapporteur on the right to food, Olivier De Schutter, Human Rights Council Twenty-fifth session, United Nations General Assembly, http://www.srfood.org/images/stories/pdf/officialreports/20140310_finalreport_en.pdf
– Greenpeace International (2013) Ecological Livestock, Options for reducing livestock production and consumption to fit within ecological limits, with a focus on Europe, https://www.greenpeace.org/archive-international/Global/international/publications/agriculture/2013/Ecological-Livestock.pdf
– ScienceDaily (2009) Vegetarian diets can help prevent chronic diseases, American Dietetic Association says, https://www.sciencedaily.com/releases/2009/07/090701103002.htm