Dépistage ne veut pas dire prévention !

Quand on entend dépistage du cancer, on s’imagine immédiatement que l’on permet d’éviter des maladies graves. On pense prévention et on se dit que c’est forcément bien !

En fait, comme pour tout acte médical, on devrait regarder la balance « bénéfices-risques » ! Est-ce que l’acte médical apporte un réel bénéfice pour le patient ou non ?

Et la difficulté est que la médecine actuelle ne permet pas toujours de prédire avec précision si un cancer dépisté sera problématique ou pas. Par défaut, le cancer est vu comme un grave danger.

En fait, l’industrie du cancer a fait en sorte que le mot « cancer » fasse peur pour ainsi s’assurer qu’une personne chez qui on dépiste un cancer accepte docilement de se faire traiter, que le cancer soit problématique ou pas !  Je rappelle que la personne ne présente aucun symptôme quand un cancer est détecté dans le cadre d’un dépistage organisé.

Pour voir l’intérêt du dépistage du cancer de la prostate, il faut regarder les études épidémiologiques

Seulement, pour avoir un vrai aperçu de la balance bénéfices-risques du dépistage du cancer, il faut s’intéresser à l’épidémiologie.

J’ai montré lors de 2 interviews précédentes (à voir ici et ici) que le dépistage du cancer du sein était inutile (pas d’augmentation de la survie chez les femmes qui s’y soumettent, que ce soit la survie spécifique au cancer du sein, ou la survie « toutes causes confondues ») et qu’il était responsable d’une augmentation importante des traitements (chirurgie, chimio, radiothérapie) chez les personnes qui se font dépister.

J’ai interviewé une nouvelle fois le cancérologue et chirurgien Gérard Delépine et son constat est accablant : le dépistage du cancer de la prostate est clairement défavorable aux hommes, contrairement à ce que voudraient nous faire croire la plupart des urologues ! Non seulement il ne fait pas baisser la mortalité liée au cancer de la prostate, mais il peut même augmenter la mortalité des gens qui s’y soumettent, car les surdiagnostics sont légion. On traite la plupart du temps des hommes pour des cancers de la prostate alors que ces cancers n’auraient jamais donné aucun symptôme.

Tu peux voir la vidéo de l’interview en cliquant sur l’image ci-dessous ou sur ce lien : https://youtu.be/FoogQ5qTFZI

Comme les femmes avec Octobre Rose qui promeut le dépistage du cancer du sein, les hommes aussi ont droit à leur campagne de désinformation qui joue sur les sentiments : Movember (se faire pousser la moustache pour sensibiliser notamment au dépistage du cancer de la prostate).

Il est temps de ne plus laisser les lobbies pharmaceutiques et certaines catégories de médecins bien intentionnés mais crédules te dicter comment tu devrais t’occuper de toi.

Comme le dépistage du cancer du sein, le dépistage du cancer de la prostate est parfaitement inutile et même néfaste pour la santé. Il sert surtout à augmenter artificiellement le nombre de personnes traitées pour un cancer et ainsi fournir de la chair fraîche à l’industrie du cancer. Celle-ci va pouvoir en retirer beaucoup d’argent grâce aux surdiagnostics et aux surtraitements qui en découlent : opérations inutiles, chimiothérapies inutiles et radiothérapies inutiles (et dangereuses). De plus, même chez un vrai cancer de la prostate évolutif, ces traitements ne sont pas souvent justifiés !

Pour enfin en finir avec la manipulation de l’industrie de la maladie (la quasi-totalité du système médical actuel malheureusement), je t’invite à t’inscrire ici pour recevoir ma newsletter et ainsi prendre en main ta santé avec les bons outils.

Merci de partager cette vidéo en masse. Les informations qu’elle contient sont capitales pour les hommes de plus de 50 ans facilement trompés par leur généralistes, mais aussi leurs proches, qui trop souvent poussent au dépistage puis au traitement si le dépistage ressort positif !

Enfin, comme d’habitude avec les maladies chroniques de civilisation, la solution est le plus souvent dans des changements de notre mode de vie et en particulier de notre alimentation !

Dis-moi dans les commentaires comment tu réagis à cet article ! Ça m’intéresse. Et profitons-en pour prolonger le débat !

Références :

• La Haute Autorité de Santé ne recommande pas le dépistage du cancer de la prostate : https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1623737/fr/detection-precoce-du-cancer-de-la-prostate
• L’académicien Guy Vallancien promeut le dépistage du cancer de la prostate malgré toutes les preuves scientifiques qui disent le contraire : https://www.lepoint.fr/invites-du-point/vallancien-cancer-de-la-prostate-il-y-a-urgence-05-02-2018-2192367_420.php
• Essai randomisé d’Andriole et al (2002) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/m/pubmed/22784722
• Essai randomisé de Schröder et al (2009) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19297566
• Les autopsies faites dans les années montrant qu’il y a un cancer de la prostate chez 70% des hommes de plus de 70 ans morts d’une cause autre : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/path.1700680233
• L’étude Fang et al. (2012) qui voit une forte augmentation du taux de suicide des hommes après un diagnostic de cancer de la prostate : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20124521
• L’article de Richard Ablin, découvreur du PSA, et condamnant son utilisation fallacieuse pour dépister le cancer de la prostate : https://www.nytimes.com/2014/11/26/opinion/the-problem-with-prostate-screening.html

Voici la transcription de mon interview avec Gérard Delépine ci-dessous :

[Jérémie Mercier] :

Bonjour à tous ! Bonjour à toutes ! C’est Jérémie Mercier, je suis ravi d’être avec vous aujourd’hui. Vous savez, j’ai à cœur de vous montrer qu’on peut prendre soin de sa santé différemment, et surtout faire attention à certains des messages aujourd’hui qui sont transmis dans la communauté médicale notamment par rapport au dépistage. Aujourd’hui je suis avec Gérard Delépine, cancérologue et chirurgien. On va parler du dépistage de cancers masculins, notamment du cancer de la prostate, puisqu’on est au mois de novembre et depuis quelques années il y a un mouvement qui s’appelle « Movember » qui vise à faire en sorte que les hommes prennent conscience du danger des cancers masculins, notamment celui de la prostate, et qui met l’accent sur le dépistage organisé du cancer de la prostate. Gérard Delépine, est-ce que c’est une bonne idée le dépistage organisé du cancer de la prostate chez l’homme ?

[Gérard Delépine] :

On aurait pu croire à priori que oui, parce qu’on pouvait penser que plus un cancer était dépisté tôt et moins il était difficile à traiter. En pratique, c’est formellement non. Le dépistage du cancer de la prostate n’augmente pas l’espérance de vie des hommes qui s’y prêtent. Il leur crée d’énormes soucis. Pour être très simple, si vous vous faites dépister du cancer de la prostate par les PSA sanguines, vous ne vivrez pas plus vieux, mais la vie pourrait vous paraître beaucoup plus longue !

[Jérémie Mercier] :

Pouvez-vous nous rappeler ce que c’est que les PSA sanguines, pour les gens qui ne connaissent pas. À quoi cela correspond ?

[Gérard Delépine] :

Les PSA, c’est un antigène. Antigène prostatique. C’est un marqueur du nombre de cellules prostatiques en quelque sorte et de cellules supposées cancéreuses. Alors, ça a été inventé il y a fort longtemps par un Américain qui s’appelle Richard Ablin, pour au début voir l’évolution des cancers de la prostate sous traitement. Et effectivement pour surveiller l’évolution d’un cancer de la prostate déclaré et agressif, c’est très utile pour que les médecins utilisent le PSA de manière courante. Et puis, certains se sont dit : « puisqu’on a ce marqueur et qu’une prise de sang ce n’est pas très agressif, pourrait-on l’utiliser pour dépister les tout petits cancers de la prostate », et cela a donc été utilisé très largement et on a dépisté beaucoup de cancers de la prostate. On peut dire que l’une des grandes augmentations de fréquence des cancers dans la population, il y en a deux c’est le sein et la prostate. Comme par hasard ce sont les deux cancers pour lesquels on a des dépistages : organisé pour le cancer du sein et non organisé pour le cancer prostate.

[Jérémie Mercier] :

Ah, intéressant, ok !

[Gérard Delépine] :

C’est non organisé volontairement, parce que toutes les agences sanitaires mondiales qui ont étudié la question ont dit : « il ne faut pas organiser le dépistage du cancer de la prostate » et ils ont été même plus loin : « il ne faut pas dépister le cancer de la prostate ».

[Jérémie Mercier] :

Alors pourquoi ? Comment cela se fait qu’au moins en France tant d’hommes se font dépister, font ces tests de dépistage ?

[Gérard Delépine] :

Alors, pour deux raisons : parce que d’une part un certain nombre de médecins ne sont pas forcément au fait de la nocivité de ce dépistage. D’autre part, il y a certaines sociétés savantes et en particulier tous les urologues, dont c’est le pain quotidien le dépistage du cancer de la prostate, qui poussent très fortement au dépistage d’un cancer de la prostate. Récemment, Guy Vallancien, qui est un académicien, est monté à la tribune d’un journal célèbre (Le Point, 5 février 2018) pour dire qu’il faut dépister le cancer de la prostate. Ce qu’il disait était parfaitement contraire à l’état actuel de la science.

[Jérémie Mercier] :

D’accord ! Aujourd’hui, en tout cas c’est vrai que c’est le message principal qu’on entend dans les médias. C’est « le dépistage de la prostate permet de déceler des cancers à un petit stade et donc d’empêcher leur développement, et du coup ça permettrait d’augmenter la survie des gens ». Et en fait, ce que vous dites, c’est que ce n’est pas le cas !

[Gérard Delépine] :

Ah, c’est complètement faux. C’est complètement faux et c’est parfaitement établi par deux essais randomisés prospectifs, donc le niveau A de preuves scientifiques : un en Amérique et un en Europe. En Amérique, l’essai a porté sur un peu plus de 50 000 personnes et a montré qu’il n’y avait aucun avantage ni en terme de survie spécifique, c’est-à-dire qu’on ne diminue pas le nombre de malades mourant du cancer de la prostate quand on dépiste ni, on va dire surtout, c’est le plus important, en matière de survie « toutes causes confondues », c’est-à-dire lorsqu’on regarde quelles que soient les causes de mort des malades, savoir si le fait d’avoir été dépisté du cancer de la prostate permet de vivre plus longtemps. Alors, en Europe c’était un petit peu différent. En Europe, l’essai européen qui était également de très bonne qualité a trouvé un petit avantage en termes de survie spécifique. Autrement dit les gens qui se faisaient dépister, il y avait moins de morts, risquaient moins de mourir du cancer la prostate. Mais si on examine l’ensemble des causes de mort, on se rend compte qu’ils n’ont quand même pas plus de chance de vivre que ceux qui ne se font pas dépister. Autrement dit, le petit gain qu’on a en termes de survie spécifique, le petit gain de malade qui ne meurt pas du cancer de la prostate, il meurt d’autres choses. Il meurt en particulier des complications du traitement du cancer la prostate. Le dépistage c’est très bien, mais il faut savoir à quoi cela sert. Quelles sont les personnes en France actuellement, qui étant conscientes, à qui on annonce : « Vous avez un cancer de la prostate » (grâce au test PSA) va dire : « Je ne veux pas être traité ». Actuellement, en France, pratiquement personne ne le dit. Or, c’est tout de même l’attitude que beaucoup d’Américains adoptent depuis quatre à cinq ans. C’est l’attitude qui est actuellement prônée, c’est le « wait and see ». On surveille un cancer de la prostate pour savoir s’il est évolutif ou non évolutif. Alors pourquoi n’a-t-on pas de gain de survie par ce dépistage qui pourtant permet de voir les choses plus petites ? Pour deux raisons : la première c’est que le cancer de la prostate est quelque chose d’extrêmement fréquent. Une série d’autopsies systématiques chez des gens qui étaient morts sur la voie publique donc suspects d’assassinats éventuellement, on cherche les causes de la mort, on les autopsie. Eh bien, un médecin anglo-saxon s’est dit : « Pourquoi laisser ces gens regarder seulement la cause de la mort. Voyons un peu si leur prostate est atteinte d’un cancer ou pas ». Et en faisant cela, il s’est rendu compte que 70 % des personnes de plus de 70 ans ont un cancer de la prostate, alors qu’ils n’en ont aucun signe. Donc, la norme chez les hommes âgés c’est d’avoir un cancer de la prostate. Le problème n’est pas de savoir s’ils ont un cancer de la prostate en faisant un dépistage. Le problème est de savoir comment ce cancer va évoluer. Est-ce qu’il va évoluer ou pas du tout ? Si on regarde les courbes de survie avec les courbes de diagnostic, on se rend compte que pratiquement 4 cancers de la prostate sur 5 qui sont dépistés n’évolueront jamais de la vie de la personne. Autrement dit, ils auront vécu tranquillement le restant de leur vie 4 fois sur 5 sans même savoir qu’ils avaient un cancer de la prostate.

Si par malheur vous faites le dépistage, vous allez apprendre que vous avez un cancer de la prostate. Votre vie va déjà être fortement atteinte. Il y a des études américaines qui montrent que le taux de suicide chez les gens qui viennent d’être diagnostiqués d’un cancer de la prostate augmente considérablement dans les six mois qui suivent le diagnostic. Donc vous risquez même d’être tellement déprimé que vous allez vous suicider, pour un cancer, qui 4 fois sur 5 ne vous causera aucun problème ! Un médecin célèbre de l’hôpital des vétérans aux États-Unis – donc des anciens combattants – qui est urologue, dit : « Mes malades atteints de cancer de la prostate meurent avec un cancer de la prostate, mais pas du cancer de la prostate ».

Une des raisons également pour lesquelles le dépistage n’est pas très efficace c’est qu’on n’a pas de traitement miraculeux du cancer de la prostate. Les cancers tout petits, effectivement localisés à la loge, on peut les traiter de manière efficace, soit par radiothérapie ou par chirurgie, mais la radiothérapie comme la chirurgie ont des inconvénients. Si on vous opère pour un cancer de la prostate c’est-à-dire qu’on vous fait une prostatectomie totale, vous avez de très grandes chances d’être définitivement incapable d’érection, ce qui peut gêner un certain nombre de personnes. D’autre part vous avez dans un certain nombre de cas des problèmes urinaires, vous ne pouvez plus contenir vos urines parce que les nerfs qui règlent les sphincters ont été touchés. Donc, dans environ 30 % des cas vous avez des séquelles importantes. Avoir des séquelles quand on est sauvé par son traitement, c’est tout à fait acceptable. Avoir des séquelles pour une maladie qui ne vous aurait jamais posé de problème, c’est quand même très ennuyeux. D’autre part on peut faire la radiothérapie. Mais la radiothérapie a aussi des inconvénients. Nos radiothérapeutes font des choses formidables. Avec leurs nouveaux appareils et le guidage par ordinateur, ils atteignent des précisions intéressantes. Il n’empêche que de temps en temps il y a des bugs. Et des bugs cela peut faire mal. Je vous rappelle qu’il n’y a pas très longtemps dans une ville de l’est de la France, une vingtaine de malades sont morts d’une irradiation pas forcément bien adaptée. Et quand on s’intéresse à leur diagnostic, on se rend compte que beaucoup étaient en faits traités pour un cancer de la prostate qui n’aurait nécessité aucun traitement, logiquement, mais qui avaient été dépistés donc ils ont été traités, donc ils en sont morts. Pour une maladie qui n’aurait jamais posé de problème ! Il y a donc des inconvénients au dépistage.

[Jérémie Mercier] :

D’accord ! En fait, ce qui est intéressant c’est que finalement, d’après ce que je comprends, c’est que ce surdiagnostic très important – vous dites que 4 cancers sur 5 n’auraient pas évolué – c’est quelque chose qu’on ne peut pas voir en voyant la personne, mais quand on fait des études épidémiologiques quand on prend du recul c’est bien ça ?

[Gérard Delépine] :

Absolument !

[Jérémie Mercier] :

Beaucoup de gens pensent avoir été sauvés par leur médecin alors qu’en fait ils ont 80% de chance que ce ne soit pas le cas.

[Gérard Delépine] :

Je dirais même plus : ils ont eu la chance de survivre au traitement inutile.

[Jérémie Mercier] :

C’est cela. C’est encore plus terrible effectivement ! Du coup, les médecins peuvent se sentir ravis d’avoir l’impression d’avoir sauvé des gens quand, en fait, ils n’ont fait que traiter des gens qui n’étaient pas malades, ils les ont rendus malades. On est donc vraiment dans un renversement de situation très impressionnant. Et finalement les personnes qui vont avoir le plus de chance de survivre en bonne santé sont les personnes qui soit refusent le dépistage soit refusent des traitements qu’on leur demande de faire après le dépistage.

[Gérard Delépine] :

La logique c’est de refuser le dépistage parce que si vous acceptez le dépistage et refusez les traitements, vous vous êtes déjà mis dans une situation épouvantable au point de vue intellectuel. Parce que vous savez, vous avez l’angoisse et puis vous avez votre famille ! Votre famille qui va nous emmerder pour que vous vous traitiez parce qu’ils tiennent à vous. Vous êtes dans une situation impossible !

[Jérémie Mercier] :

C’est marrant parce qu’il y a un problème d’information. On n’a pas accès, le grand public n’a pas accès à des informations de qualité dans les médias sur la recherche scientifique dans ce domaine-là.

[Gérard Delépine] :

C’est faux. C’est totalement faux. C’est parce que le grand public est fainéant. Je parle pour les gens qui ont un ordinateur et qui savent l’utiliser, et c’est très simple. Vous prenez votre ordinateur vous tapez  » Haute Autorité de Santé  » et vous tapez  » dépistage du cancer de la prostate  » et là vous aurez toutes les informations.

[Jérémie Mercier] :

Cela dit, quand même pour revenir dessus, le grand public il y a certes ce côté fainéant, mais il y a aussi le côté : les gens ne connaissent pas la Haute Autorité de Santé. Les gens font confiance à leur médecin et ils voient des messages en permanence dans des magazines ou dans des campagnes publicitaires importantes pour dire : « le dépistage c’est essentiel ». Et en fait, on confond dépistage et prévention. On donne l’illusion que le dépistage aide, quand en fait ce n’est pas du tout le cas.

[Gérard Delépine] :

Et vous avez totalement raison de le souligner. Deux choses : grâce à votre émission le public saura que le site Haute Autorité de Santé existe, qu’il suffit de le taper et que c’est en en clair, il n’y a pas besoin d’abonnement ou quoi que ce soit, c’est gratuit !

[Jérémie Mercier] :

On va le mettre sous cette vidéo comme cela, ils n’auront même pas cet effort là à faire. Ils auront juste un lien à cliquer, et aucune excuse !

[Gérard Delépine] :

Absolument ! J’aimerais quand même dire que les Américains ont une honnêteté que beaucoup de Français n’ont pas, en particulier Monsieur Ablin, l’inventeur des PSA, donc de ce test, expliquait il y a 10 ans dans le New York Times : « Le dépistage du cancer de la prostate est une catastrophe sanitaire dont je suis responsable ». Il a reconnu premièrement que c’est une catastrophe sanitaire et il expliquait par le prix en milliards de dollars annuels et par les dégâts subis par les gens qui font ce test. D’autre part « dont je suis responsable », c’est une humilité spécifique des grands savants.

[Jérémie Mercier] :

On ne voit pas cela souvent en France en tout cas !

[Gérard Delépine] :

C’est ce que je dis. Malheureusement nous n’avons pas cette honnêteté intellectuelle de reconnaître ses erreurs en public. C’est pour clore le dossier, car si ça avait le moindre intérêt, je ne pense pas que l’inventeur de ce test aurait fait son mea culpa.

[Jérémie Mercier] :

Et donc dans le cas maintenant, on va dire, spécifique, d’un homme qui aurait un cancer de la prostate diagnostiqué peut-être avec des métastases, donc évolutif. Qu’est-ce qu’il faut faire ?

[Gérard Delépine] :

Alors, là aussi il ne faut pas céder aux sirènes marchandes, car actuellement vous avez toutes sortes d’articles qui sont organisés par les directions de communication des grands laboratoires pour vous vanter les nouveaux traitements. Soyons clairs, jusqu’à présent en cas de cancer métastatique de la prostate, les traitements ne servent à pas grand-chose, et en particulier, pratiquement pas… ne permettent pas d’augmenter la durée de vie. Cela peut paraître incroyable, mais c’est le cas ! Les traitements ont quand même des intérêts. Je n’ai pas dit qu’il ne fallait pas traiter les gens. Lorsqu’on a des troubles, lorsqu’on a des douleurs, lorsqu’on a une gêne liée aux métastases du cancer de la prostate, il faut effectivement prendre un traitement qui vous permet d’améliorer ces signes et ces symptômes, donc de vous améliorer la qualité de vie. Mais il ne faut pas en espérer davantage !

[Jérémie Mercier] :

C’est plus du palliatif quoi.

[Gérard Delépine] :

C’est parfaitement du palliatif. D’ailleurs, il suffit là aussi de regarder sur le site « Haute Autorité de Santé » et vous verrez que le but des traitements c’est d’améliorer la qualité de survie. Alors, si on fait une lecture un peu rapide on tombe sur des articles qui disent que c’est formidable, que ça améliore la survie sans progression. La survie vraie, on l’appelle la survie « globale ». Ce n’est pas la survie sans progression. La survie sans progression c’est ce que nous appelions il y a 20 ans la « stabilisation tumorale », c’est-à-dire que c’est la durée durant laquelle la tumeur ne pousse pas. Cela peut paraître intéressant effectivement quand on des douleurs liées à la progression tumorale, le fait d’avoir une survie sans progression plus longue que sans rien du tout, ça peut être intéressant parce que ça fait moins mal. C’est ce que je dis : il faut qu’on traite les symptômes, mais rien de plus. Par contre, le problème de tous ces traitements qui augmentent, ce sont les nouvelles drogues ciblées, qui augmentent la durée de survie sans progression, c’est que après, lorsque ça échappe – parce que ces traitements ne marchent qu’un certain temps, à chaque fois la maladie y échappe – lorsque la maladie échappe aux traitements, elle va plus vite qu’avant. Ce qui fait qu’elle rattrape le temps perdu et qu’au total on ne gagne rien.

[Jérémie Mercier] :

D’accord !  Donc les quelques effets bénéfiques perçus au début sont rapidement contrebalancés par les désagréments de la maladie qui reprend de plus belle, ok.

[Gérard Delépine] :

Complètement ! Il ne faut pas oublier d’autre part qu’aucun traitement actif n’est dénué d’inconvénients. Vous n’augmentez pas votre durée de survie globale et vous aggravez votre mauvaise qualité de survie. Si on a des signes, oui vous vous traitez ! Si vous n’avez aucun signe, vous avez un cancer de la prostate totalement asymptomatique, le traitement se discute fortement ! En particulier, malgré certains articles récents qui prétendent qu’on améliore la durée de survie si on traite tôt, tous ces articles sont très récents, ont des durées de surveillance faibles, et il faut se méfier énormément. Par expérience, ces articles qui sont réellement écrits par des gens payés par les laboratoires. Aux États-Unis ils sont obligés de donner leurs liens d’intérêts. Vous voyez, vous vous rendez compte que tous ces gens qui disent que c’est formidable sont tous payés par les laboratoires quand ils ne sont pas carrément « board advisory », c’est-à-dire conseiller commercial du laboratoire. Ce sont des postes qui sont très juteux, qui vous motivent. Soyons prudents !

[Jérémie Mercier] :

D’accord ! On est dans une belle opération marketing, mais qui n’est pas forcément reliée à des faits scientifiques établis.

[Gérard Delépine] :

Il faut comprendre quand même pour avoir une idée. C’est que l’hormonothérapie de première génération qu’on donnait jadis pour la prostate, c’est de l’ordre de 15 € par mois. Le traitement des chimiothérapies traditionnelles qu’on donnait pour traitement du cancer de la prostate métastatique, c’est de l’ordre de 100 € par mois. Les traitements des drogues nouvelles c’est 5 000 €, entre minimum 3000 € à 5000 € par mois. Donc il y a des raisons de faire une publicité marchande formidable.

[Jérémie Mercier] :

C’est ça. Donc on élimine le passé qui n’était pas moins bien pour se focaliser sur des trucs présents, beaucoup plus chers, donc qui rapportent beaucoup plus…

[Gérard Delépine] :

20 fois plus cher !

[Jérémie Mercier] :

20 fois plus cher, mais du coup sans effet notablement plus intéressant.

[Gérard Delépine] :

Non. Aucun médecin, même très bien payé par un laboratoire, vous dira qu’il est capable de garder un cancer de la prostate métastatique.

[Jérémie Mercier] :

OK, alors, en une phrase comment on pourrait résumer ça ? On pourrait dire que finalement le dépistage du cancer de la prostate est un échec ?

[Gérard Delépine] :

C’est un échec total et qui ne peut apporter que des séquelles parfois inutiles aux gens qui le pratiquent.

[Jérémie Mercier] :

OK, donc « Movember », les histoires de se laisser pousser la moustache pour sensibiliser les gens, pour sensibiliser les hommes au dépistage du cancer de la prostate, c’est un peu comme « Octobre Rose » avec le cancer du sein : c’est du grand n’importe quoi !

[Gérard Delépine] :

Ce n’est pas du grand n’importe quoi, cela rapporte des milliards !

[Jérémie Mercier] :

Voilà ! C’est du grand n’importe quoi pour le citoyen qui veut faire attention à sa santé, c’est une très belle opération de communication pour l’industrie du cancer.

[Gérard Delépine] :

Absolument !

[Jérémie Mercier] :

OK, merci beaucoup Gérard Delépine. Et puis, prenez soin de vous. Faites attention et surtout vérifiez vos sources, parce que malheureusement on baigne dans beaucoup de surinformation, j’ai envie de dire presque de fake news et de désinformation. C’est à nous d’aller chercher les bonnes informations et les bonnes sources et surtout pas céder aux sirènes de l’industrie du cancer.

[Gérard Delépine] :

N’oubliez pas que le leitmotiv de l’industrie du cancer c’est : « faites peur, ça fait vendre ! ».

[Jérémie Mercier] : Super merci beaucoup pour ce partage !

OK, merci beaucoup Gérard Delépine, je vous dis à très bientôt. Puis merci de partager cette vidéo et de vous abonner à ma chaîne YouTube pour d’autres informations essentielles sur la santé. Allez, à bientôt !

[Gérard Delépine] : À bientôt !

 

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