Bonjour !

J’ai récemment parlé d’Octobre Rose et du scandale du dépistage organisé du cancer du sein. Cela était clairement expliqué dans mon interview de Gérard Delépine, chirurgien et cancérologue qui, en explorant la littérature scientifique sérieuse sur le sujet, s’est rendu compte du scandale.

La vidéo a été très vue et très commentée, et certaines personnes, malgré les références scientifiques mentionnées, n’ont pas bien compris notre propos, ou bien avaient des questions spécifiques.

La mammographie de dépistage du cancer du sein est inutile et dangereuse

Afin de répondre à ces questions spécifiques et afin d’avoir une approche encore plus pédagogique, j’ai voulu interviewer une autre experte dans ce domaine. Il s’agit de Cécile Bour, médecin radiologue, qui fait dans le cadre de son cabinet des mammographies depuis 30 ans, mais qui dénonce avec force le danger et l’inutilité du dépistage organisé du cancer du sein dans le cadre de son association Cancer Rose.

Je te laisse découvrir cette interview en cliquant sur l’image ci-dessous ou en cliquant sur ce lien :

 

Octobre Rose manipule les données et fait croire aux femmes que le dépistage est utile alors qu’il n’en est rien !

Cécile Bour nous explique de façon très claire :
– pourquoi le dépistage organisé du cancer du sein est très problématique (balance bénéfices-risques largement du côté des risques !)
– pourquoi les femmes qui pensent avoir été sauvées grâce au dépistage ont 9 chances sur 10 de se tromper
– pourquoi le dépistage loupe les cancers agressifs et détecte les cancers dormants et entraîne autant de surdiagnostics (près de 40% selon les dernières études épidémiologiques) !
– pourquoi le dépistage peut (éventuellement) rallonger la vie d’une femme sur 2000, et dans le même temps raccourcir la vie d’1 femme sur 2000 (suivi sur 10 ans), et si on regarde sur 25 ans, le groupe de femmes qui se soumet au dépistage perd en espérance de vie
– pourquoi Octobre Rose est inutile et dangereux
– pourquoi Cristina Cordula devrait suivre une formation scientifique avant de promouvoir naïvement Octobre Rose.
– pourquoi les femmes sont prises pour des imbéciles par Octobre Rose et le ministère français de la santé, qui joue sur l’affectif et crée des croyances sur l’intérêt du dépistage, à rebours des découvertes épidémiologiques faites dans de nombreux pays.

 

La France n’a même pas fait d’étude sur l’intérêt du dépistage du cancer du sein !

On découvre aussi dans cette vidéo comment l’industrie du cancer ment sur les réels progrès dans la lutte contre le cancer du sein en avançant des chiffres biaisés qui ne représentent pas la réalité.

On découvre aussi que la France refuse de faire des études sur l’intérêt du dépistage du cancer du sein (ce qui est la base pour savoir si une politique publique de santé a un sens ou pas !).

Il est temps d’utiliser son cerveau, de ne pas céder au marketing honteux d’Octobre Rose, de ne pas céder aux sirènes de la plupart des médecins, qui n’ont pas une approche scientifique de doute, mais acceptent sans réfléchir les préceptes de cette « église » qu’est la « dépistologie ».

Deviens responsable de ta santé, ne laisse pas les autres choisir pour toi.

Si tu es une femme ou si tu as des femmes de plus de 40 ans dans ton entourage, partage cet email et fais tourner cette vidéo, les infos qui y sont partagées sont essentielles !

A très bientôt et à ta pleine santé :)

Jérémie

PS : D’autres vidéos sur Octobre Rose (et notamment sur qui sont ses créateurs, tu vas être très surpris !) seront prochainement mises en ligne. Abonne-toi à ma chaîne YouTube pour être tenu au courant !

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Transcription de mon interview de Cécile Bour :

[Jérémie Mercier]
Bonjour à tous, c’est Jérémie Mercier. Je suis ravi aujourd’hui d’être avec Cécile Bour. Cécile Bour, qui est médecin radiologue, qui a créé l’Association « Cancer Rose » et on va parler de « Octobre Rose », du dépistage organisé du cancer du sein. Et tout d’abord, Cécile Bour, j’ai envie de vous poser une question : qui êtes-vous vraiment et pourquoi vous vous intéressez tant au cancer du sein ?

[Cécile Bour]
D’accord, je suis radiologue et j’ai 57 ans. Cela fait déjà 30 ans que je pratique du dépistage du cancer du sein. Quand j’étais jeune radiologue, c’était vraiment pour nous une innovation quand ce dépistage est sorti, on pensait que c’était vraiment quelque chose de merveilleux.

[Jérémie Mercier]
C’est sorti à quelle époque ?

[Cécile Bour]
Alors ça a été généralisé en 2004 par le Plan Cancer de Jacques Chirac, et on pensait que c’était vraiment quelque chose pour nous les femmes, un dispositif de santé vraiment adapté. Et donc, j’ai commencé vraiment à me jeter dedans avec beaucoup d’enthousiasme. J’avais 30 ans à l’époque, on recrutait les femmes, on leur expliquait pourquoi ce serait bien, etc. Cela me pose un problème parce que ça a été généralisé en 2004 alors que déjà des lanceurs d’alerte danois de la collaboration Nordic Cochrane commençaient déjà à dire :  » Attention il y a un souci, il manque des études » et effectivement les premières études sur lesquelles on a basé les grandes campagnes de dépistage du cancer du sein international étaient effectivement biaisées. Ça c’est pas un scoop, ce n’est pas non plus un truc que j’invente. C’est quelque chose qui est reconnu par la communauté scientifique. Il y avait d’énormes biais méthodologiques de ces premiers essais qui ont été le socle des campagnes de dépistage. On le publiait, quand on suivait les statistiques nationales, on voyait effectivement ce problème d’une non réduction de la mortalité de façon attribuable au dépistage, et de façon visible. Vous savez, en médecine quand il y a quelque chose qui marche, ça se voit tout de suite. Quand on a introduit le lavage des mains avant d’accoucher les femmes, la mortalité infantile a chuté drastiquement. Quand on a inventé les antibiothérapies antituberculeuses, on a fermé les sanatoriums. Quand vous voyez quelque chose qui marche en médecine, c’est direct. Là, cela fait 30 ans et on ne voit toujours aucun résultat. La mortalité ne diminue pas et on a ce problème, l’invité surprise, le problème des surdiagnostics qui s’envolent, une incidence des cancers qui s’envole. D’ailleurs ils le disent les pouvoirs publics, on a de plus en plus de cas de cancers. Oui, mais en contrepartie on n’a pas moins de décès.

[Jérémie Mercier]
OK ce qui est difficile finalement avec ce sujet, c’est que c’est contre-intuitif, la plupart des gens, à force d’entendre ce message de dépistage, se disent  » Bah le dépistage c’est de la prévention. » Ils font un amalgame et ils pensent que du coup, quand on va découvrir un cancer à un stade très précoce, on va pouvoir mieux le traiter et sauver des femmes. Pourquoi ce n’est pas vrai ?

[Cécile Bour]
Parce qu’on fait l’amalgame effectivement entre petit, précoce, et guérissable. Petit ne veut pas dire précoce, ne veut pas dire non plus forcément toujours guérissable. Il faut s’imaginer que le cancer du sein c’est une sorte de melting pot de tout un tas de différents cancers. Le cancer, la taille n’est pas corrélée au temps. Le problème n’est pas de « petit » ou « gros ». Le problème est la vélocité des cancers du sein, c’est-à-dire la progression, la capacité à se développer vite…

 

[Jérémie Mercier]
D’accord.

[Cécile Bour]
… Le potentiel agressif et le potentiel de croissance. Il faut s’imaginer ça comme un grand réservoir ou comme un grand éventail. À une extrémité vous avez tout un tas de lésions qui ne grandissent pas beaucoup, qui ont un potentiel de croissance très faible, qui restent latentes toute une vie et même qui peuvent même parfois régresser. Ces cancers-là ont un temps de séjour très long dans le sein, donc plus vous dépistez, plus vous avez une chance de tomber dessus et au moment du diagnostic ils sont petits. Ils sont petits parce qu’ils vont être petits pendant 30 ans. Donc plus vous dépistez, plus vous avez effectivement une chance de tomber facilement dessus.

[Cécile Bour]
Donc on est tout content on se dit :  » Eh bien oui on a pris un cancer tout petit, c’est bien on va le traiter facilement, donc on est ravi et tout « . Mais ce n’est pas le problème ! À l’autre extrémité de l’éventail, vous avez les cancers à fort potentiel de croissance, et c’est ça les cancers d’intervalle. C’est ceux-là qu’il faudrait qu’on arrive à rattraper par le dépistage et qu’on ne rattrape pas, parce qu’ils ont un potentiel de croissance très véloce, très très rapide, très fort et il se développent en quelques semaines, en quelques mois, et ils sont gros au moment du diagnostic. Ce n’est pas qu’ils sont gros parce qu’on arrive trop tard. Ils sont gros parce qu’ils se sont développés très vite. Au moment du diagnostic ils doivent déjà faire 4 cm et vous les ratez, parce qu’ils ont un temps de séjour extrêmement court dans le sein. Donc il faut donc revoir nos modèles de cancérologie : petit ne veut pas dire précoces, et gros ne veulent pas dire tardifs.

[Jérémie Mercier]
Alors, moi j’ai une question du coup. Il y a beaucoup de femmes qui disent avoir été sauvées grâce au dépistage du cancer du sein. Comment elles peuvent dire cela, sur quelles bases en fait elles s’appuient ? Souvent elles me disent :  » Bah, mon médecin m’a dit qu’il m’avait sauvé d’un cancer invasif extrêmement dangereux.  » C’est quoi la vérité ?

[Cécile Bour]
La vérité c’est que je pense que le corps médical se la pète un peu. C’est le cancer. Si le cancer est intrinsèquement agressif et qu’il est par son essence même vraiment mortel, il va tuer son hôte quoi qu’on fasse. Même si par un heureux hasard vous tombez dessus, le cancer qui est triple négatif qui est difficile à traiter et qui a vocation de tuer son hôte va le faire. C’est assez cruel à dire. Je ne dis pas l’inverse. C’est cruel à dire, mais c’est la vérité. La balle est dans le camp des traitements. Elle n’est pas dans le camp du dépistage. Même ces cancers-là, si par un très heureux hasard vous seriez tombé dessus, ça ne change rien au problème. Ils mettent en jeu le pronostic vital et la santé de la femme. Alors, une femme qui pense qu’elle a été sauvée, c’est un peu cruel de lui démolir cette croyance-là, mais elle n’en sait rien ! Je n’en sais rien ! Le médecin n’en sait rien ! Il pense qu’il a sauvé, mais si ça se trouve il y a 90% de chance que c’est un cancer qui, de toute façon, ne l’aurait pas tuée. Et deuxièmement elle ne sait pas si elle ne va pas avoir un effet potentiellement délétère à long terme. Par exemple, une radiothérapie qui est abusive, qu’on n’aurait pas dû faire puisqu’on est en face d’un surdiagnostic, peut vous donner une coronarite radique dans 10, 20, 30 ans après…

[Jérémie Mercier]
… donc de graves problèmes cardiaques.

[Cécile Bour]
Et des problèmes cardiaques, ou des choses comme la ménopause précoce ou des problèmes d’ostéoporose précoce. Si elles pensent avoir été sauvées par le dépistage, moi je veux bien, mais alors il faut qu’elle dise merci aux 10 patientes qui dans le même temps du dépistage ont été surdiagnostiquées, aux 200 femmes qui dans le même temps ont eu des problèmes de fausses alertes et ont été reconvoquées 36 fois avec un stress innommable, et qu’elles disent merci aux quelques cas de femmes qui ont subi un cancer radio-induit à cause d’un dépistage qui est abusif. Le problème est que le diagnostic pour la personne elle-même, pour le médecin et pour le radiologue, il n’y a qu’un diagnostic. En face, on a trouvé, on a fait des investigations, on a trouvé un cancer : c’est un diagnostic de cancer. Le surdiagnostic, l’excédent de cancer, il n’y a que l’épidémiologiste qui s’en rend compte.

[Jérémie Mercier]
C’est cela !

[Cécile Bour]
L’épidémiologiste, il est un peu comme un entomologiste. Il surveille des populations soumises à des intensités de dépistage différentes, et là il regarde comment se comportent ces populations. Et il voit que dans les populations très dépistées il y a un excédent de tumeurs qui ont été dépistées pour un taux de mortalité qui reste désespérément stable.

[Jérémie Mercier]
Qui augmente légèrement même, il me semble que l’étude Canadienne montre même une hausse dans la mortalité des femmes qui dépistent le cancer puisqu’on va avoir sur 25 ans, des risques accrus d’autres maladies qui sont des effets secondaires du traitement.

[Cécile Bour]
Alors il y a deux études qui montrent cela, il y a effectivement l’étude récente au Brésil dans laquelle ils se sont rendus compte que dans les couches sociales plus favorisées qui ont un accès médical plus important où les femmes sont très demandeuses d’un dépistage parfois abusif, eux ils ont montré une surmortalité.

[Jérémie Mercier]
D’accord !

[Cécile Bour]
Il y a une autre étude qui l’a montré au Danemark. C’était en 2011, Jorgensen, qui a montré qu’il y avait 1% de plus de mortalité dans les groupes dépistés dans les cantons où il y avait le dépistage par rapport au non-dépistage. Je vais quand même citer une troisième étude, qui est aussi récente, de 2013, et qui est préoccupante, c’est celle de Michael Baum, qui elle montre une surmortalité assez importante et assez catastrophique du fait de ces coronarites radiques qui compromettent le pronostic vital. Alors quand on en parle ici en France on nous dit : « oui, mais maintenant on fait une radiothérapie plus légère, plus ciblée, plus… » Moi je veux bien, notre attitude à Cancer Rose, c’est de nous baser sur les évidences et sur les études disponibles. Alors si on me dit qu’on fait des traitements plus légers, je veux bien tout croire, mais alors qu’on me les montre, qu’on en fasse des études, qu’on nous montre par A+B oui on a moins de mortalité, à ce moment-là je veux bien le croire. Mais juste nous dire comme cela en l’air :  » Oui, mais l’étude américaine est nulle, parce qu’en France on fait moins ». Qu’on nous le montre. Le problème c’est qu’en France il y a zéro étude ! Il n’y en a pas !

[Jérémie Mercier]
Finalement on se base sur des hypothèses, et sur quelque chose qui est de l’ordre du fantasme en fait en France.

[Cécile Bour]
On croit. En France on croit !

[Jérémie Mercier]
On est sur la croyance, on n’est pas sur les faits scientifiques. C’est bien ça ?

[Cécile Bour]
Oui, c’est ça ! Alors ça c’est un réflexe beaucoup plus nordique, au Danemark, en Norvège, en Suède, ils sont beaucoup plus pragmatiques. Ils ont déjà constitué des registres du cancer, ils ont des registres du cancer donc avec des recrutements de femmes avant les dépistages donc vous avez des cohortes de femmes qui n’ont jamais été dépistées que vous pouvez comparer avec des cohortes de femmes après le dépistage. Tout cela, en France on s’est bien gardé de le faire. Au Canada on a des registres du cancer exhaustifs, aux États-Unis aussi, en France non. Alors en France, on vous dit « Vous courez en rose », quand vous mettez en doute les bienfaits du dépistage, vous êtes une criminelle. Voilà c’est le problème du combat entre les thuriféraires du rose et puis ceux qui mettent en doute les bienfaits du dépistage, il est dans l’affectif. Il est dans l’affectif ! On n’arrive pas à leur faire comprendre que l’on se base sur des critères scientifiques, des études qui sont réalisées, mais effectivement pas en France, parce qu’il n’y en a pas.

[Jérémie Mercier]
Du coup c’est passionnant parce qu’on a l’impression en tant que français qu’on est très cartésien entre guillemets. Et finalement dans le cas du dépistage du cancer du sein, on est purement dans la croyance, même presque religieuse, basée sur de l’affect et il y a un marketing de masse qui dit des choses fausses. Scientifiquement fausses.

[Cécile Bour]
Oui ! C’est ça le problème c’est que c’est une véritable cathédrale. C’est l’église de « dépistologie ». On a des croyances, on croit que ça sauve les vies, on fait un marketing épouvantable… Moi ça m’attriste. Ça me désole, parce que quand je vois les filles qui courent en rose ou les femmes qui courent en rose, je pense réellement qu’elles pensent que c’est une bonne action qu’elles pensent bien faire, que c’est pour la recherche. Il faudrait qu’elles prennent l’habitude de poser les bonnes questions. Tout d’abord, les courses roses il y en a certaines qui sont de véritables entreprises. Par exemple, la Parisienne ce n’est pas une institution caritative c’est une entreprise, une vraie entreprise. Il faudrait donc qu’elle… Alors nous on avait fait une petite recherche il y a deux ans, en 2015. J’avais pris ma calculette, on peut le retrouver sur le site d’ailleurs, sur le site « cancer rose », on tape  » la Parisienne  » et vous tomberez sur l’article. Il y avait à peine 4 % de l’argent engrangé entre les inscriptions, les dossards, l’achat des goodies, etc. Il y avait à peine 4 % qui étaient reversés à la recherche contre le cancer du sein. Donc les femmes qui courent en rose doivent quand même pour le moins poser des questions sur la transparence, demander « Mais quel est le budget marketing ? Qu’est-ce qui va vraiment à la recherche ? Quelle recherche ? Quelles sont les retombées de ce qu’on a versé, de tout cet argent qu’on a donné ? » Souvent ces courses sont alimentées aussi par du bénévolat. Ce sont des filles bénévoles qui donnent leur temps, qui donnent leur argent. On ne leur donne même pas de retour, elles ne savent même pas quelle est la part du budget au marketing, quelle est la part de budget à l’équipe, quelle est la part que se mettent les sponsors dans les poches ? Tout ça, c’est des questions qu’il faut poser. Ensuite, la recherche ! Quelle recherche ? Est-ce que la mortalité par cancer du sein a diminué ? Non. On a beau vous dire :  » Oui, mais ça diminue de 20%.  » Cela ne veut rien dire. Regardez les chiffres sur le CépiDc, sur le site de l’Inserm, ben vous l’avez. Moi j’ai les tableaux, ils sont publiés d’ailleurs aussi sur le site. C’est 11 à 12 000 décès par cancer du sein en France depuis 1996. Les projections de 2015 c’est de nouveau 12 000 cas de décès par cancer du sein. Ça alerte personne ? On en trouve de plus en plus, et on en meurt toujours autant. Il y a quand même un problème et on dépiste de plus en plus.

[Jérémie Mercier]
Oui

[Cécile Bour]
C’est une vraie question. Donc les femmes qui courent en rose, moi je n’ai pas de problème avec cela. Si elles pensent que courir avec des T-shirts roses va sauver la vie, moi je ne peux pas aller contre cela. Mais il me semble qu’au-dessus du cœur on a un cerveau. Et les femmes ont en un, et au lieu de faire appel comme cela à des instincts d’achats, et de mettre du mercantilisme dessus, je trouve que ce serait bien qu’elles exigent de l’information loyale. Qu’elles demandent aux sponsors et aux organisatrices de la Parisienne, ou de la Vosgienne ou de je ne sais quoi « Mais donnez-nous l’information ! Quels sont les tenants et les aboutissants actuellement, de nos jours,, basés sur la science moderne du dépistage ? » Donc la collaboration Cochrane, ce groupe de chercheurs indépendants nordique qui a tiré la sonnette d’alarme en 2000 déjà, il y avait aussi un lanceur d’alerte français qui s’appelle Bernard Junod, qui a également tiré la sonnette d’alarme, qu’on a soigneusement fait en sorte de ne pas l’entendre ni de l’écouter puisqu’il a été obligé de démissionner de là où il travaillait… Donc ils ont fait ce qu’on appelle une méta analyse. Une méta-analyse, c’est que vous prenez toutes les études disponibles, vous les moulinez et vous analysez, vous rassemblez tous les résultats. Ensuite, ils ont fait une projection sur une cohorte de 2 000 femmes pour qu’on puisse se représenter sur un visuel, ce qu’on appelle un visuel à point, les données brutes parce que les autorités sanitaires ont beau jeu de vous dire :  » Il y a tant de pourcents. Il y a 20% de réduction de mortalité, 15% de surdiagnostic. » Ça ne veut rien dire pour les femmes. Par exemple, 20% de réduction de mortalité cela ne veut pas dire que 20 femmes sur 100 en moins dépistées vont mourir du cancer du sein. Cela ne veut pas dire cela du tout. Cela veut dire que vous prenez une cohorte de 1 000 femmes qui ne se font pas dépister, vous trouvez 5 décès par cancer du sein. Vous prenez une cohorte de 1 000 femmes qui se font dépister, vous trouvez 4 décès par cancer du sein. Quand vous passez de 5 à 4 cela fait 20% de réduction de la mortalité, en calcul, en mathématique.

[Jérémie Mercier]
Sauf que c’est la mortalité spécifique au cancer du sein, c’est cela ?

[Cécile Bour]
Voilà, exactement ! C’est la mortalité relative exprimée en pourcentage entre deux groupes.

[Jérémie Mercier]
Et on ne regarde pas la mortalité globale qui est le vrai indicateur intéressant.

[Cécile Bour]
Premièrement en valeur absolue, passer de 5 à 4 cela veut dire 1 femme.

[Jérémie Mercier]
Sur les 2 000.

[Cécile Bour]
En vraie vie, les 20%, cela veut dire une femme de différentiel, c’est tout. Après, effectivement il y a une donnée qu’on ne considère jamais, qui n’est pas du tout étudiée, c’est la mortalité globale. Comme je vous disais tout à l’heure, un dispositif qui marche, vraiment efficace, doit être tellement efficace qu’on peut le voir sur la mortalité toutes causes confondues une diminution. Et là on peut se dire :  » Ah, la mortalité féminine diminue. Youpi on a gagné ! « , mais tout ça, c’est pas le cas. Les Cochrane, eux, ils ont fait une étude, ils ont fait cette méta-analyse sur 10 ans. Donc ils ont pris 2 000 femmes… il y a d’un côté 2 000 femmes sans dépistage et de l’autre côté de 2 000 femmes avec dépistage. Dans les 2 000 femmes sans dépistage vous trouvez effectivement 5 morts sur 10 ans.

[Jérémie Mercier]
Du cancer du sein.

[Cécile Bour]
Par cancer du sein, voilà. Dans les 2 000 femmes avec dépistage, vous trouvez 4 morts par cancer du sein. Donc effectivement vous voyez le passage de 5 à 4, le différentiel n’est que d’une femme. Mais la surprise qu’ils ont eue parce qu’ils ne s’attendaient pas à cela. Ils ont fait cette étude pour extraire le bienfait du dépistage. L’étude initiale partait de cette l’expectative-là. Et ils se sont rendus compte, l’invité surprise : ah, il y a 10 surdiagnostics, c’est-à-dire que 10 femmes ont été diagnostiquées en excès pour des lésions qu’on aurait pu laisser tranquilles. Et 200 femmes ont été faussement alertées. C’est-à-dire que ces femmes-là, on leur dit qu’on pense qu’il y a un cancer et puis il faut qu’elles fassent des IRM, des biopsies, des échographies à distance, des surveillances tous les 2,3,4 mois et on se rend compte que finalement on a fait fausse route et que c’était une fausse alerte. Pendant ce temps, la femme, elle a quand même bien eu les miquettes. Ce que l’étude de Michael Baum suggère, c’est qu’il y a une surmortalité, donc là le petit gain d’une femme sauvée grâce au dépistage, vous le perdez. Vous le perdez au bout d’un certain nombre d’années par des effets, des conséquences lourdes des traitements et tous les ans on a des décès de complications chirurgicales – j’avoue qui deviennent de plus en plus rares – les complications radiques mais même si on me dit que c’est rare, pour celle qui le subit c’est 100%. Elle est 100% morte ou elle a 100% une coronarite ou 100% une embolie pulmonaire, ou 100% des effets catastrophiques de la chimiothérapie. Donc il faut au moins… dans notre site c’est bien ce qu’on explique. J’ai pas de problème s’il y a des femmes qui me disent :   » mais moi je préfère prendre le risque du dépistage parce que peut-être je vais être cette femme sauvée, peut-être je vais être la femme surdiagnostiquée, mais peut-être je vais être la femme sauvée « , moi j’entends ça, très bien, mais au moins qu’elles soient informées. Nous on veut juste que les femmes soient informées de cela, qu’elles ne pensent pas que c’est tout rose.

[Jérémie Mercier]
Quelque part, si elles veulent bien, c’est une forme de loterie, mais de loterie qui est négative où les femmes sont perdantes dans cette loterie, dans tous les cas.

[Cécile Bour]
Ça c’est sûr !  Que ça soit une loterie, ça c’est l’évidence même. Vous ne savez jamais sur quoi vous avez pioché, c’est un peu sur la vidéo sur notre page d’accueil explique ça. On a pris un aquarium pour expliquer, avec des perles on a symbolisé que quand la femme se soumet au dépistage elle ne sait pas ce qui va en sortir, mais une fois qu’elle est dedans, nous les radiologues ou les histologistes, on voit des images. Une fois que l’image elle est vue, une fois que j’ai vu un petit cancer tout petit. Il y a 80% de chances que cela soit un surdiagnostic. Plus c’est petit, plus il y a des chances que ce soit un surdiagnostic, mais je ne peux pas dire ça à la dame. À la dame, je vais dire « Madame il y a une image », et l’histologiste sur son microscope, il va dire : « Madame, il y a des lésions de cancer dans cette image, dans ce petit prélèvement ».

[Jérémie Mercier]
Et là c’est le truc qui fait peur et donc c’est parti, la machine s’enclenche.

[Cécile Bour]
Oui c’est fini ! La machine s’enclenche. Il y a certains pays où ils font ce qu’on appelle une surveillance active. Certains cancers qui sont peu agressifs, qui sont les cancers in situ c’est une entité à part. On sait que le fait de les opérer ou de les suropérer n’a entraîné ni conséquences sur la mortalité par cancer du sein, on n’a pas réussi même si on les traite avec la même agressivité, on n’a pas réussi à faire baisser le taux de mortalité par cancer du sein invasif.

[Jérémie Mercier]
Donc il faut juste rien faire ? … 

[Cécile Bour]
Donc on n’a pas non plus évité la récidive. Rien faire une fois que c’est vu, non ! Une fois qu’on a vu l’image en France, nous on traite tout. C’est difficile après de dire aux dames : « Ne faites rien ». Je me garde bien de leur dire cela. On a une image, il y a un cancer dedans, donc c’est fini. La réflexion de se soumettre au dépistage ou pas, il faut la faire avant. Une fois que vous êtes dans la moulinette, une fois que le vin est tiré, il faut le boire ! Et le plus souvent jusqu’à la lie, donc c’est avant qu’il faut se poser la question : est-ce que j’y vais ou est-ce que j’y vais pas ?

[Jérémie Mercier]
Alors, pour ces femmes parce qu’il y en a beaucoup qui font le dépistage parce qu’elles ont entendu toutes ces informations y compris du gouvernement – je vous rappelle que le ministère de la Santé et l’Institut National du Cancer encouragent vivement les femmes à faire ce dépistage organisé – qu’est-ce qu’il faut dire aux femmes qui ont fait un dépistage et chez qui on voit des lésions ?

[Cécile Bour]
Premièrement dans l’Institut National du Cancer et du ministère, ce n’est pas de l’information, c’est de l’incitation. Ça s’appelle de l’incitation, ce n’est pas de l’information. S’ils ne sont pas capables de dire qu’on a un gros problème de surdiagnostic, de surtraitement, que toutes les études internationales convergent…

[Jérémie Mercier]
C’est de l’information biaisée là on est d’accord. Cela ne va pas dans le sens de la science. C’est de l’information dans l’intérêt de l’industrie du cancer entre guillemets, mais pas de la science.

[Cécile Bour]
Non, pas de la science. Ce qu’il faut dire aux femmes encore une fois, comme je vous l’ai expliqué, une fois qu’elles se soumettent au dépistage et qu’on a vu une lésion qu’on a vu une image, qu’on a vu quelque chose, c’est terminé, c’est plié. Même moi je me pose des questions, je leur dis : « Maintenant, vous y allez ! Vous allez voir le chirurgien, vous allez voir la radiothérapie, on va jusqu’au bout ». Donc la démarche, elle est avant. Le choix de dire ou non, il est dans la main des femmes il faut qu’elles exigent. Moi ce que je pense, au lieu de courir en rose comme cela, elles devraient… courir c’est bien, mais pourquoi courons-nous ? Pourquoi on court, le cancer il continue à courir aussi en même temps. Elles ne se rendent pas compte que le cancer leur court derrière et qu’on leur fait du mal. Il faut qu’elles courent pour exiger des choses. Exiger une bonne information loyale, parce que la décision c’est dans leurs mains. Bon sang ! Nos mères, nos grands-mères ont milité pour que nous ayons le choix de décisions et l’appropriation de nos corps, mais en santé aussi il faut que ce féminisme-là ne meure pas. En santé aussi les femmes de plus en plus demandent à ce que l’on fasse attention en obstétrique, qu’il y ait moins de violence dans la sphère gynécologique. Elles ont raison de demander ça, mais les seins, ça en fait partie. Il faut qu’elles aient les mêmes exigences pour la mammographie et qu’elles ne croient pas benoîtement que tout est rose. Il faut qu’elles exigent une information loyale en santé. C’est ce que la concertation citoyenne a demandé : est-ce que des gens savent qu’il y a eu seulement une concertation citoyenne sur le dépistage du cancer du sein ?

[Jérémie Mercier]
Je pense que personne n’est au courant de ça, oui.

[Cécile Bour]
80% n’en savent rien ! Les dames qui courent en rose n’en savent rien non plus. Deuxièmement, savent-elles seulement que la concertation citoyenne qui était à la fois citoyenne et scientifique, elle a duré un an, j’y ai participé, des scientifiques ont participé…

[Jérémie Mercier]
Elle date de quand ?

[Cécile Bour]
Alors elle a été initiée en 2015, elle s’est terminée en juin 2017. Elle a été lancée par Madame Marisol Touraine et donc le rapport de la concertation qui date bien d’un an et il proposait deux scénarios. Dans les deux scénarios, il y avait arrêt du dépistage quand même. Personne ne sait ça. Donc les citoyennes une fois qu’elles ont été formées, éclairées, qu’il y a eu ce grand processus de concertation, elles ont émis un verdict d’arrêt du dépistage. Donc ça, cela a été mis sous le boisseau. Vous voyez, en France on est cartésien suffisamment pour avoir des bons diagnostics, on fait des belles concertations, on fait des beaux rapports, on met le doigt dessus, on se dit : « Ah bah oui, il y a un problème ». Effectivement le dépistage ne marche pas. C’était le verdict de la concertation, l’issue c’était ça, il marche pas, il faut arrêter ce truc-là. Et puis après bah rien ne se passe. Rien ne se passe. On continue ! Mme Buzyn est en train de se montrer avec tout le staff ministériel avec des petits rubans roses et en dessous il y a marqué : « il faut que les femmes y aillent ». Alors que la concertation a demandé qu’on arrête cette incitation-là.

[Jérémie Mercier]
On voit un sacré décalage finalement entre la politique actuelle en matière de santé en France et la réalité scientifique. C’est affolant !

[Cécile Bour]
Ah oui, là c’est le grand écart ! D’une part c’est une chose. La deuxième chose qui est révoltante c’est qu’on se moque des femmes. On se moque d’elle. On se fout d’elles. On part du principe qu’elles sont trop connes pour comprendre, qu’elles ne vont pas y arriver, que ce n’est pas la peine, non ! Le plus facile c’est de les prendre par la main comme des petites filles à les affubler de rose et leur dire : « Tu cours, tu te tais, tu vas te faire dépister, tu ne poses pas de questions ! »

[Jérémie Mercier]
Donc finalement, c’est de l’infantilisation mélangée avec des belles intentions et l’enfer est pavé de bonnes intentions donc les femmes ne réfléchissent plus – en tout cas ceux qui sont en rose – et elles promeuvent quelque chose qui va contre elles, contre leur santé !

[Cécile Bour]
Contre elles parce qu’on les empêche de réfléchir. Elles ne sont pas plus idiotes. Je pense que si on leur expliquait cela correctement, elles comprendraient très bien. Ces filles-là sont vraiment de bonne volonté. Moi, j’ai discuté avec des femmes, elles sont vraiment engagées, elles pensent vraiment bien faire.

[Jérémie Mercier]
Elles n’ont pas les bonnes informations !

[Cécile Bour]
Mais elles n’ont pas les bonnes informations ! On les prend pour des billes, c’est ça qui est révoltant. Alors que si on les informait, je pense qu’elles continueraient à courir en rose, mais pourquoi on court en rose. Il faut se demander pourquoi. Ce pourquoi elles devraient militer c’est d’avoir l’information qui leur permet elles de décider et de décider comment, de décider en connaissance de cause ! Après elles le font ce dépistage. C’est très bien si elles sont convaincues. Elles le font, mais certaines vous disent : « Non, moi je trouve que ma balance bénéfices-risques pour moi est négative et je ne le fais pas ». Mais si elles ne sont pas informées, eh bien vas-y, va te faire dépister. Alors maintenant certaines femmes… certains professionnels de santé, je pense plus ou moins pour se couvrir, incitent les femmes déjà dès 40 ans à se faire dépister. À 40 ans il y a une non recommandation de la Haute Autorité de Santé. Autant à 50 ans c’est en ballotage et la Haute Autorité de Santé demande aussi à ce que l’information passe, mais à 40 ans, c’est non ! Une non-recommandation ! C’est un scandale ! C’est criminel ! C’est du charlatanisme ! C’est du féminicide d’inciter des femmes, qui sont asymptomatiques, qui n’ont aucun antécédent, qui n’ont pas de signes cliniques, qui sont tout à fait normales, saines, qui vivent sainement, d’inciter ces femmes à se soumettre à des mammographies, dont l’irradiation est préjudiciable à cet âge-là parce que les seins sont denses. Mais c’est une attitude… mais je comprends pas ! Je ne peux pas comprendre ! Il y a une non recommandation à la HAS, il n’y a rien. Il y a tout qui prouve que c’est délétère dans cette tranche d’âge. La balance bénéfices-risques, elle penche, mais alors vraiment drastiquement en faveur des risques et on continue à les envoyer à se faire balancer des rayons. Mais allô quoi !

[Jérémie Mercier]
Du coup, j’ai une question : est-ce qu’il y a des conditions pour lesquelles vous dites que la mammographie a son intérêt ? Dans quels cas la mammographie a un intérêt ?

[Cécile Bour]
Ben quand les femmes ont un symptôme. Quand elles arrivent avec symptômes. Symptômes = consultation, là je ne déroge pas. La dame qui arrive avec une boule, une rétraction, un mamelon sanglant, des ganglions bizarres qui grossissent, qui ne s’en vont jamais et qui ne bougent pas, une rétraction, une déformation du galbe… là c’est sûr qu’il faut consulter, c’est évident. Et quand on vous dit que 9 cancers sur 10 guérissent, c’est vrai, mais même ceux qui ne sont pas dépistés, c’est à dire même ceux où les femmes viennent consulter parce qu’elles ont senti quelque chose. Celles-là aussi il y a 9 chances sur 10 de les guérir. Quand on dit « la survie elle est à 90%, oui ! ». Même pour les femmes non dépistées elle est à 90%, bien sûr. Si elles ont des symptômes, elles viennent et on fait le bilan qu’il faut. Bien sûr !

[Jérémie Mercier]
Est-ce qu’il y a des conditions génétiques, quand on parle de femmes à risque parfois celles qui ont les mauvais gènes entre guillemets, notamment le BRCA1, est-ce que celles-là devraient être plus suivies ou pas ?

[Cécile Bour]
Alors, c’est à la fois un problème médical et un problème philosophique. Un problème médical c’est effectivement des femmes à risque, on ne peut quand même pas décemment leur dire « Écoutez, allez dans la nature, et puis c’est bon, et vous courbez la tête, puis quand ça vient, ça vient. » Non ! C’est évident que ces femmes-là il faut les prendre en charge. Elles sont déjà très angoissées, très inquiètes il y a toute une histoire familiale abominable absolument inquiétante. Maintenant, le problème n’est pas réglé sur les modalités. Si ces femmes ont vraiment un gène d’une mutation qui les prédisposent à des facteurs de risque, le problème du rayonnement mammographique, c’est une radiation ionisante, c’est un risque. Alors proposer à des femmes qui sont à risque de faire des mammographies annuelles, qui est un facteur de risque en soi ne me semble pas frappé du bon sens. Alors qu’on les surveille, qu’on fasse comme le lait sur le feu avec un bon examen clinique régulier des échographies, des IRM… D’accord, les mammographies de temps en temps, mais qu’on leur dise à partir de 30 ans tout de suite la mammographie annuelle… là je crois qu’il va falloir qu’on réfléchisse aux modalités, aux modalités de surveillance.

Le deuxième problème, il est vraiment philosophique. J’en vois beaucoup, comme la sénologie est quand même mon activité première, il y a des dames, des jeunes femmes qui me disent : « Mais moi, j’ai 30 ans, j’ai envie de fonder une famille, j’ai une carrière, je veux avoir des enfants, donc je ne veux pas entendre parler de cela. Je verrai bien. Je veux vivre d’abord ». Et cela aussi il faut l’entendre. Il faut arrêter de dire à ces femmes : « Mais vous êtes irresponsables, vous êtes folle ». On peut comprendre que des dames qui sont comme cela, examinées tous les 6 mois il arrive un moment ce n’est pas supportable, ce n’est pas vivable. À 30 ans vous avez d’autres objectifs. Là aussi c’est un problème de décision personnelle. On ne peut pas incriminer ni les unes, ni les autres. Celles qui sont inquiètes et qui veulent avoir une surveillance accrue, eh bien, il faut leur donner les bonnes modalités. Elles aussi il faut les prendre en charge, les informer. Il faut les désangoisser. Et celles qui ne veulent pas qui m’expliquent : « Moi je ne peux plus supporter cela ». Il faut les entendre aussi. Là, c’est autre chose. Ce sont des problèmes où je vais moins m’exprimer. Moi ce pour quoi je milite c’est qu’on arrête d’inciter des femmes qui n’ont pas un sur-risque de cancer du sein qu’on les incite à aller dans un dépistage sans les informer. Ça, c’est mon cheval de bataille.

[Jérémie Mercier]
Ok, j’ai une question du coup plus personnelle : comment vous vivez cela vous en tant que radiologue qui du coup fait des mammographies de manière régulière, qui fait partie même d’un groupe de professionnels, comment vivez-vous cela en tant que radiologue, ce combat, qui quelque part, va à l’encontre de votre activité ?

[Cécile Bour]
Eh bien très mal ! Je ne le vis pas bien, mais je crois que je le vivrais encore plus mal si je n’étais pas dans cette action de volonté d’informer. Le problème c’est qu’effectivement je suis en conflit d’intérêts du fait d’être radiologue. Alors je suis sortie de la 2ème lecture, hein ! Je ne suis plus dans les groupes de 2ème lecture.

[Jérémie Mercier]
Qu’est-ce que cela veut dire ça pour les gens qui nous regardent ?

[Cécile Bour]
Alors quand vous faites un dépistage, il y a une première lecture. C’est le radiologue qui est au cabinet, il lit votre mammographie et il envoie votre dossier après à la structure départementale de dépistage qui pilote le dépistage. Là, pour y être allée assez souvent, vous y allez, vous avez une matinée où vous avez 60 mammographies à relire à l’aveugle donc vous affichez les trucs. Vous regardez… si c’est négatif, vous cochez négatif. S’il vous semble qu’il y a une lésion, ben vous là mettez en positif. Alors ce qu’il faut que les dames sachent c’est que quand leur dossier revient positif, qu’elles sont reconvoquées à l’issue de la deuxième lecture ce n’est pas parce qu’elles ont un cancer. C’est juste parce que le radiologue a eu un doute, et des doutes on en a souvent. Plus… on veut dépister les petites images, donc plus les images sont petites, moins elles sont typiques et moins elles sont typiques, plus vous la regardez à la loupe. Et plus vous regardez à la loupe, plus vous commencez à avoir à avoir des appréhensions et vous vous dites en tant que deuxième lecteur – je l’ai pratiqué – plutôt que de laisser passer un truc je vais le mettre en positif. Donc la dame est convoquée dans la deuxième lecture et elle augmente de façon épouvantable les fausses alertes. Donc ça, c’est déjà un problème. Et moi je ne pouvais plus. Vraiment je n’y arrivais plus, cela me tétanisait. J’étais devant mes radios je me disais : « Purée ! » et derrière il faut se dire qu’il y a quand même quelqu’un. Il y a une femme qui va recevoir ça : « Madame votre deuxième lecture est positive ». Elles croient toutes qu’elles ont un cancer, elles ne comprennent pas ce problème-là. Moi j’ai démissionné de la deuxième lecture parce que cela me posait vraiment ce souci-là. La première lecture c’est le fait de faire du dépistage au cabinet et donc le souci c’est que je ne peux pas refuser de faire le dépistage. Déjà, je ne peux pas refuser parce que c’est offert aux femmes. Elles ont le droit de le faire, donc je ne peux pas arriver moi, avec mon étendard anti-dépistage. Ce n’est pas éthique du tout. Je n’ai pas le droit ! C’est complètement anti-déontologique et deuxièmement je m’étais renseigné si je pouvais faire que de la mammographie de diagnostic, c’est-à-dire accueillir les dames qui viennent avec une plainte.

[Jérémie Mercier]
Avec des symptômes.

[Cécile Bour]
Avec des symptômes, oui, mais ce n’est pas possible non plus. On a un contrat avec la caisse, c’est un contrat moral, c’est-à-dire que nous devons faire, si nous avons une activité sénologique, elle n’est pas réservée qu’aux diagnostics, nous devons également… nous sommes censés faire du dépistage donc je ne peux pas.

[Jérémie Mercier]
On vous interdit de faire du diagnostic si vous ne faites pas de dépistage.

[Cécile Bour]
Je ne peux pas séparer, je ne peux pas. Je ne peux pas séparer mon activité. Je ne peux pas dire : « Non, moi j’arrête de prendre des dépistages », là ce n’est déjà déontologiquement… Mais c’est vrai que dans le fond, ce n’est pas déontologique. Je ne peux pas dire à une femme qui arrive avec sa convocation et qui me dit : « Mais moi, je veux le faire, je suis informée, j’ai toutes les informations, j’entends bien ce que vous me dites, mais je veux le faire ». Qui suis-je moi pour dire à cette dame : « Mais non, vous avez tort ». Là j’outrepasse clairement mes fonctions, même moralement, je n’ai aucun droit de dire cela. Si elle me dit : « Oui oui, j’entends ce que vous me dites, mais je veux le faire ». Ben ça s’arrête là, je le fais. Elle y a droit, je ne peux pas commencer à lui dire… à lui refuser un dispositif de santé.

[Jérémie Mercier]
D’accord. Est-ce que vous avez tenté dans le cadre de l’Association Cancer Rose d’informer les autorités par rapport à cette erreur scientifique patente par rapport au dépistage du cancer du sein et quels ont été les retours ?

[Cécile Bour]
Ah… alors oui, ça ! On a essayé d’en avoir des contacts ! Il y a eu des échanges de lettres, même avec la structure départementale, avec l’Institut National du Cancer, on a eu des échanges. Après c’est un dialogue de sourds, je pense qu’en face… j’avais même été reçue par des fonctionnaires… des hauts fonctionnaires au Ministère de la santé qui m’ont vraiment bien entendu et tout. Puis à la fin il y en a eu une qui m’a dit : « Mais nous on croit que cela marche quand même ».

[Jérémie Mercier]
C’est vraiment de la croyance alors. C’est vraiment de la religion.

[Cécile Bour]
C’est une croyance. C’est comme… vous pouvez expliquer par la science que la Terre est ronde et qu’elle tourne autour du soleil. C’est bien ça, hein ? Eh ben, il y a des gens qui vont vous dire « Mais non, elle est plate, et on n’a jamais marché sur la Lune, c’est un fake ». Voilà, donc vous pouvez toujours expliquer avec des tas de preuves scientifiques, mais vous aurez toujours des millions de gens qui croient…

[Jérémie Mercier]
Du coup ce qui est catastrophique c’est qu’il y a une vraie grosse inversion de situation, c’est que les fake news viennent du Ministère de la santé et du gouvernement, c’est cela qui est assez catastrophique.

[Cécile Bour]
Disons que fake news c’est un peu dur. Fake news c’est vraiment la fausse information.

[Jérémie Mercier]
L’information qui est transmise qui est « il faut que les femmes fassent le dépistage… »

[Cécile Bour]
Elle n’est pas doublée ! Pour moi c’est des informations qui sont obsolètes. Ces histoires de 20% de réduction de mortalité c’est aussi obsolète. Il faut arrêter avec ce message-là ! Premièrement il est faux. Et deuxièmement il ne veut rien dire c’est une fausse présentation des choses. Après, le surdiagnostic ils commencent doucement à en parler et à le reconnaître parce qu’on a vraiment poussé, mais il est minimisé. Les chiffres qu’ils annoncent : 10% de surdiagnostic, c’est faux ! On en est à 40 maintenant. Sur les dernières études scientifiques, on en est à 40, donc c’est presque un cancer détecté sur 2 qui est un diagnostic inutile donc ce n’est quand même pas… l’information elle est plutôt, ils essayent de la donner, mais au compte-gouttes, mais pas trop pour ne pas effrayer. Le surtraitement, il n’est même pas abordé. Vous regardez le site de l’INCa (Institut National du Cancer), il y a un encart. Il y a marqué « surdiagnostic – surtraitement ». Moi je n’ai pas trouvé une ligne qui expliquait le surtraitement. Le surtraitement, il faut quand même expliquer ce que c’est. Ça chamboule la vie. Le traitement du cancer du sein quand on vous dit « Il est allégé ».. quand je vois les femmes qui sont traitées je ne sais pas où il est allégé : ménopause précoce, des problèmes d’ostéoporose, des problèmes cardiovasculaires, des séquelles. Non. Attendez.. De toute façon, l’enjeu n’est pas de proposer aux femmes un traitement plus léger par rapport à un traitement lourd. L’enjeu c’est de ficher la paix aux femmes qui n’ont pas besoin d’être traitées, c’est de donner zéro traitement à quelqu’un qui n’aurait jamais dû être dépisté.

[Jérémie Mercier]
Exactement.

[Cécile Bour]
C’est ça l’enjeu. Fake news, c’est peut-être un peu dur, mais information biaisée et incomplète, oui ! Alors ça, c’est clair. J’accuse les autorités, avec toutes les études scientifiques dont on dispose, oui, là c’est vraiment une accusation que je fais : l’information est délibérément biaisée et elle est incomplète, et elle est déloyale. Ce n’est pas normal.

[Jérémie Mercier]
Pourquoi on a ce problème-là en France plus peut-être que dans d’autres pays ?

[Cécile Bour]
Je pense, peut-être que dans les pays du Nord, ils sont un peu plus pragmatiques c’est-à-dire qu’ils acceptent l’erreur. D’ailleurs la médecine c’est comme ça… la médecine c’est pour cela que c’est un art. Ce n’est pas marqué dans le marbre. Jamais rien n’est marqué dans le marbre. Les certitudes d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Je pense que dans les pays nordiques, cela avance plus vite. Les mises en doute avancent plus vite, parce que – je sais pas – ils acceptent plus facilement. Ici, je pense qu’il y a un problème d’amour propre. Je pense qu’une fois que les autorités scientifiques ont tellement incité pendant 30 années en disant que c’est super que ça marche, peut-être que pour certains leaders d’opinion c’est un petit peu difficile de faire volte-face et de dire : « Eh ben non, on s’est gouré, pardon ». Le discours n’est pas aussi clair que ça, et peut-être qu’ils y croient vraiment… Je ne sais pas !  Il faudrait demander à des gens, comme ça, à des leaders d’opinion qui n’arrêtent pas de nous dire contre vents et marées qu’ils viennent à la télé et qui nous disent que ça marche. Il faut leur poser la question !

[Jérémie Mercier]
Cette année, c’est Cristina Cordula donc je ne suis pas sûr qu’elle va pouvoir répondre, parce que je pense que sa formation scientifique est très faible.

[Cécile Bour]
Là aussi vous voyez ! Je n’ai rien contre cette dame. Elle est très bien, mais moi est-ce que je vais commencer à aller sur un podium et à vous expliquer comment on marche et comment on défile ? Non ! Chacun son boulot ! Je ne commence pas à marcher sur ses plates-bandes en lui expliquant les arcanes de la mode, à laquelle je ne connais rien. Madame Cristina Cordula, elle est aussi pleine de bonnes intentions, mais pourquoi elle s’engage dans un truc dont elle ne connaît rien ? Donc elle aussi, si on pouvait avoir un dialogue et puis lui expliquer qu’il faut modérer le discours, ce serait vraiment… Vraiment je pense vraiment qu’il y a un problème d’utilité…

[Jérémie Mercier]
On va lancer une demande comme cela on va voir s’il y a un retour.

[Cécile Bour]
Demandez aux stars qui s’engagent pour le dépistage. Demandez-leur si elles ne voudraient pas se former. Je suis à leur disposition pour donner une information équilibrée. Je ne leur dis pas de ne pas aller au dépistage. Je leur dis que si elles veulent y aller, qu’elles s’informent sur les tenants et les aboutissants et que maintenant avec les données actuelles de la science, les risques prédominent par rapport aux avantages. On ne peut plus dire aux femmes qu’il y a des avantages, non ! Les risques sont comptablement prédominants par rapport à l’avantage. C’est un fait. J’en suis désolée, j’en suis la première désolée, mais c’est comme ça. C’est cruel de le dire, mais c’est comme ça. On ne peut pas continuer à mentir indéfiniment aux gens. L’ère moderne de la médecine, ce n’est plus la médecine paternaliste. On ne peut plus comme cela dire aux gens : « Fais ceci, fais cela ». Non ! Maintenant les gens sont informés, donc on est obligé, nous les médecins de composer avec ça. Il y a internet et ils ont droit à l’information. Ils ont droit quand même, c’est leur santé à eux. Donc il faut que nous les professionnels de santé, nous changions notre fusil d’épaule et qu’on arrive à faire de l’information loyale et honnête aux gens. C’est le moins !

[Jérémie Mercier]
En tout cas merci beaucoup, déjà pour votre courage, parce que vu votre situation de radiologue, je comprends que ce n’est pas du tout dans votre intérêt personnel, financier même, que de dire que le dépistage est un problème. Le dépistage du cancer du sein organisé, quand il n’y a pas de symptômes donc. C’est une position qui est malheureusement aujourd’hui minoritaire. Vous faites partie des très rares, trop rares en tout cas, médecins et radiologues qui s’appuient sur des faits scientifiques, sur la santé, sur l’épidémiologie et malheureusement aujourd’hui on est encore dans une société où la croyance prédomine et elle est relayée par les plus hautes autorités et je trouve que c’est assez catastrophique. J’espère que les choses vont changer. En tout cas, l’appel est lancé. L’information on la fait passer et merci beaucoup Cécile Bour. Et plus d’informations peut-être sur votre site : cancer-rose.fr c’est bien cela ?

[Cécile Bour]
Voilà ! Elles en font ce qu’elles veulent. C’est une information. Elles la prennent, elles ne la prennent pas. Cela m’est égal, mais elle est disponible. Et librement !

[Jérémie Mercier]
Je mettrai sous la vidéo des liens vers les publications scientifiques qu’on a citées pendant notre échange afin que les personnes qui acceptent de lire la vraie science, c’est en anglais donc ce n’est pas forcément facile d’accès.

[Cécile Bour]
Mais on les décode. On les décode nous les études. Dans la rubrique « études », on a synthétisé, on a traduit les études en français donc tout est accessible.

[Jérémie Mercier]
Il y a aussi ce fameux diagramme qui montre très bien l’intérêt ou pas du dépistage sur une cohorte de 2 000 femmes.

[Cécile Bour]
C’est sur la page d’accueil. Il est sur la page d’accueil ! Tout y est !

[Jérémie Mercier]
Eh ben merci beaucoup Cécile Bour. Et puis…

[Cécile Bour]
Merci à vous !

[Jérémie Mercier]
À bientôt ! Et puis on continue avec ce message et on ne s’arrête pas, merci !

[Cécile Bour]
Merci beaucoup. Merci à tout le monde ! Au revoir !