Comme j’ai pu le dire à plusieurs reprises précédemment (ici, ou encore ici) la situation actuelle est inédite.


Rendre malade au nom de « la santé »

La santé, qui d’habitude n’est pas un sujet de préoccupation majeur pour la plupart des citoyens et des gouvernements, est devenue en quelques semaines une question d’importance nationale, à tel point que de nombreux pays ont confiné les gens chez eux, ne permettant que ceux aux activités « indispensables à la vie de la Nation » [1] à continuer leur travail à peu près normalement. Cette décision politique a mis à l’arrêt (cassé !) une grande partie de l’économie, et elle a permis la mise en place de mesures de surveillance et de privation de liberté jamais vues auparavant (même pendant les guerres mondiales), tout ça avec le consentement de la majorité de la population.

Et pourtant, le confinement est une mauvaise stratégie pour endiguer une épidémie, contrairement au dépistage, à l’isolement et au traitement des personnes infectées [2]. Le confinement est même un remède qui pourrait être bien pire que le mal qu’il est censé combattre – ce qui est assez classique en médecine conventionnelle par ailleurs, habituée aux traitements lourds en effets iatrogéniques (si tu ne connais pas ce terme, lis cet article) – notamment par exemple à cause du syndrome « de glissement » [3]. Je ferai certainement prochainement un article sur les conséquences néfastes du confinement. La liste est longue !


En fait, très souvent, les politiques « de santé » et le narratif associé (l’histoire racontée pour justifier la mise en place de cette politique) sont en décalage total avec l’objectif affiché et donc avec l’intérêt des populations, auquel ces politiques sont en fait nuisibles ! C’est pour ça que j’écris toujours politique « de santé » avec de santé entre guillemets. Pareil pour ministère « de la santé ».


Pourquoi des politiques « de santé » si néfastes ?

Aussi, on peut se poser la question : pourquoi a-t-on des politiques « de santé » tellement à côté de la plaque, tellement néfastes ?

J’aime chercher les renseignements chez les personnes parmi les mieux placées et qui se sont le plus renseignées pour parler des sujets qui m’intéressent.

C’est pourquoi j’ai choisi d’interviewer (peu avant le début du confinement) Adeline Monney, ancienne élève de Sciences Po, qui a fait une prép’ENA (dans la même classe qu’Emmanuel Macron), puis a été assistante parlementaire (travail pendant lequel elle a beaucoup travaillé sur les lois concernant la santé) et a ensuite travaillé plusieurs années au ministère « de la santé ».

Cette interview décoiffante est visible en cliquant sur le lien https://youtu.be/P3jyFpwJWhI ou en cliquant ci-dessous :
Avec ces 30 minutes d’interview, tu vas comprendre pourquoi alors que les dépenses de santé ne font quasiment qu’augmenter dans les pays « riches », la santé de ces populations ne fait que décliner…

Triste constat sur un monde politique à la dérive, mais il est essentiel de comprendre les raisons fondamentales des échecs des politiques « de santé » pour pouvoir avancer. Si on n’arrive pas à voir la réalité telle qu’elle est, ça va être très difficile d’avancer et de changer le système !

Je compte sur toi pour prendre le temps de regarder cette vidéo, la commenter ci-dessous et la partager !

Un homme / une femme averti/e en vaut deux ;)

Bonne fin de confinement (c’est la dernière ligne droite) et à ta pleine santé !
Jérémie
PS : J’ai créé mon groupe Facebook  « Prends Ta Santé En Main », que tu peux rejoindre en cliquant sur ce lien.

Sources
[1] Arrêté du 15 mars 2020 complétant l’arrêté du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19 [sic] : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2020/3/15/SSAS2007753A/jo/texte (je te rappelle que le virus est le SARS-CoV-2, tandis que la maladie associée à ce virus est le Covid-19, ce que le ministre « de la santé » Olivier Véran semble ne pas avoir compris)
[2] Coronavirus, remerciements, toxicité des traitements, mortalités, IHU Marseille-Méditerranée : https://www.mediterranee-infection.com/coronavirus-remerciements-toxicite-des-traitements-mortalite/
[3] Le « syndrome de glissement », cet état dépressif qui pourrait tuer plus de personnes âgées que le coronavirus, Lucie Dendooven, RTBF, 17 avril 2020 : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-solitude-des-personnes-agees-pourrait-les-tuer-bien-plus-que-le-coronavirus?id=10484124

Retranscription de l’interview d’Adeline Monney :

[Jérémie Mercier] : Bonjour à tous ! Bonjour à toutes ! C’est Jérémie Mercier. Je suis ravi d’être avec vous aujourd’hui et j’ai le plaisir d’interviewer Adeline Monney, qui a été assistante parlementaire et qui a travaillé au ministère de la Santé en France. Bonjour Adeline.

[Adeline Monney] : Bonjour Jérémie !

[Jérémie Mercier] : Alors aujourd’hui on va parler de sujets qui, à mon avis, sont essentiels pour mieux comprendre pourquoi on a ces politiques de la santé aujourd’hui. Et pourquoi même on a ces politiques, de manière générale, qui paraissent si déconnectées des besoins des populations et peut-être plus connectées à des intérêts autres que nos intérêts à nous, en tout cas, citoyens. Est-ce que tu pourrais nous parler de ton parcours rapidement, qu’on comprenne ce que tu as fait, par quoi tu es passée et ce qui t’as amené peut-être aussi à sortir de ce milieu de la politique nationale.

[Adeline Monney] : Alors, pour ma part, j’ai un parcours on va dire classique d’une étudiante sérieuse puisque après un bac économique et social, j’ai intégré Sciences Po, j’ai réussi le concours. Ensuite, j’ai passé mes années à Sciences Po et j’ai continué en préparant l’ENA que je n’ai pas réussi puisque j’y étais deux fois sur liste d’attente. Et puis, donc je me suis résolue à faire une autre école qui est une école en termes de social, qui m’a conduite vers des métiers de la santé et des réformes, alors aussi bien réformes des retraites que réformes santé. Mais on va dire que j’ai baigné là-dedans pendant quand même 15 années.

[Jérémie Mercier] : Ok. Tu peux revenir rapidement, est-ce que tu peux le dire ça, pourquoi tu n’as pas été prise à l’ENA ?

[Adeline Monney]: Alors, ça a été très surprenant parce que j’ai raté l’ENA pas pour des matières importantes. Enfin importantes, tout est relatif, puisque j’avais aussi bien 16 en éco que 16 en droit. Mais j’ai raté en socio et surtout, j’ai eu une note éliminatoire en allemand.

[Jérémie Mercier] : Alors que tu es bilingue en allemand, je précise.

[Adeline Monney] : Je l’étais à l’époque, on va dire, j’arrivais à lire Nietzsche et Kafka, donc ça devait quand même le faire.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Mais, c’est vrai que j’ai eu la surprise un dimanche après midi, alors je l’avais enregistré parce qu’à l’époque, c’est vrai que j’avais peur qu’on me prenne pour folle. J’avais le directeur de l’ENA qui m’avait appelé en cette période et qui m’avait dit un dimanche : « Écoutez mademoiselle, il faudrait que vous repassiez le concours l’an prochain et que vous ne preniez pas l’option sociologie parce qu’on va dire que vos manières de libeller les choses et de vous exprimer en sociologie ne sont pas dans le moule demandé par l’école. Donc, l’an prochain, vous allez repasser le concours et vous l’aurez il n’y a aucun souci parce que vos notes sont satisfaisantes. Mais il y a des choses qu’il ne faut pas dire comme vous les dites. » Et j’avoue que, c’était un dimanche, déjà j’étais hyper surprise d’avoir un appel d’un directeur d’école ou de jury, non, non, c’était le président du jury. Et je me suis dit, mais, enfin, ça n’arrive qu’à moi, ça se passe comment ? Et puis après, j’en ai discuté avec une copine qui elle était apparue dans les médias auprès d’un homme politique qui n’était pas forcément recommandable. Et elle pareil, elle a été, bon alors elle elle n’a même pas atteint la liste d’attente, elle a été shootée dès le départ. Donc, je pense quand même qu’on est dans un pays où il faut penser comme, enfin, comme tout le monde et rentrer dans un moule.

[Jérémie Mercier] : D’accord. C’est-à-dire qu’à l’ENA, on choisit les gens selon certains critères et pas selon des capacités intellectuelles ou entre guillemets « scolaires ». Il faut rentrer dans, vraiment dans un moule.

[Adeline Monney] : Eh bien moi, j’en suis persuadée puisqu’au ministère, j’ai eu des supérieurs hiérarchiques – alors il y en a des brillants Dieu merci – mais à titre d’exemple, j’ai eu la fille de quelqu’un qui était en poste dans des missions précieuses, on va dire. Et cette nana-là, j’en ai parlé à la directrice de l’ENA, quand je suis allée donner des cours à l’ENA, quelques années plus tard et je lui ai dit, mais comment vous faites le tri de vos élèves ? Puisque je suis quelqu’un qui ne mâche pas mes mots. Et la dame m’a dit, oui, effectivement, on a eu quelques difficultés avec elle. Mais ce qui signifie quand même qu’on arrive à avoir des gens totalement incompétents et feignants dans des postes importants. Parce que je pense que le tri à l’entrée, il est fait dans des critères qui sont absolument non objectifs.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Donc tu as donné des cours à l’ENA, mais tu n’as pas été élève à l’ENA.

[Adeline Monney] : Oui, ce qui est paradoxal.

[Jérémie Mercier] : Tu es passée par Sciences Po et après donc tu as été assistante parlementaire, c’est ça ?

[Adeline Monney] : Alors j’ai été assistante parlementaire avant de travailler au ministère de la Santé.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Je préfère le dire parce que c’est vrai que ça a modifié ma façon de voir les choses.

[Jérémie Mercier] : Ok, tu peux en dire plus là-dessus ?

[Adeline Monney] : Eh bien, disons qu’à l’Assemblée nationale, les choses sont, dans le rapport à la santé, c’est vraiment peut-être l’endroit où j’ai le plus mesuré le pouvoir des laboratoires pharmaceutiques puisque, à cette époque-là, j’étais quand même assez naïve. De toute manière, je me suis engagée au service de l’État dans l’objectif de changer les choses. J’y croyais mais totalement avec un idéalisme pour le coup assez inébranlable. Et il se trouve que sur certains textes de loi, on recevait directement des amendements ou alors des propositions de lois, qui étaient rédigés directement, alors ou par les syndicats ou par les labos, et en gros on avait juste à les passer. Ce qui moi me rendait quand même assez étonnée à l’époque, puisque je me disais, mais mince, c’est mon job, donc personne ne le fera à ma place. Et puis, pour avoir été invitée dans des musées, à visiter des expos avec des petits déjeuners, on offrait aux collaborateurs parlementaires des bouquins, on repartait avec une petite clé USB dans lesquels il y avait tous les textes, comment il fallait qu’on les fasse. Et c’était assez habile parce que je me dis, de la part des labos pharma – bon il y a les moyens en même temps – mais pour ceux qui sont on va dire sensibles à ce genre de gestes. Moi, je l’ai fait une fois parce que je ne savais pas ce que c’était et j’y étais allée parce que je voulais comprendre une thématique santé qui m’intéressait. J’ai été extrêmement surprise, je me suis dit, mais comment c’est possible que ça se passe comme ça ? Et puis après, quand la législature s’est terminée, j’ai été contactée par plusieurs labos pharma qui étaient intéressés par mon profil, bon à mon avis uniquement pour récupérer le réseau, il ne faut pas se leurrer. Et je me suis dit, au fond, le lien est extrêmement ténu entre la politique, les labos, les syndicats également, puisque la problématique est exactement la même.

[Jérémie Mercier] : Quand tu parles des syndicats, tu veux parler des syndicats de travailleurs ou des syndicats de l’industrie ?

[Adeline Monney] : Tous.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Les syndicats d’entreprise, c’est-à-dire de regroupements d’entreprises pharmaceutiques. C’est de ça que tu veux parler ?

[Adeline Monney] : Pas seulement. Pas seulement, puisque plus tard, j’ai eu à gérer dans des organismes, par exemple tout ce qui est subvention aux syndicats et autres. Et au fond, après ça évite de rêver parce que, parce qu’on comprend que, on va dire les salariés n’aient plus forcément envie de croire dans les syndicats qui les défendent puisque chacun au fond ne défend que son intérêt personnel.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Oui, donc tu parlais aussi des syndicats de travailleurs effectivement.

[Adeline Monney] : Voilà, exactement.

[Jérémie Mercier] : Qui deviennent des porte-paroles de l’industrie elle-même qui emploie les employés.

[Adeline Monney] : Totalement. C’est pour ça qu’au fond, le directeur du jury de l’ENA avait raison. Je suis quelqu’un qui au niveau sociologique analyse beaucoup. Puisque je suis hyper observatrice et je suis surtout énormément dans l’écoute. Ce qui fait qu’au bout d’un moment, quand les choses ne sont pas rationnelles, je n’arrive pas à comprendre. Et puis là, c’est vrai que sociologiquement, tout s’explique.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et donc, quand tu étais à l’Assemblée nationale, tu as vu, tu as été invitée par ces entreprises pharmaceutiques.

[Adeline Monney] : Oui.

[Jérémie Mercier] : Et vous étiez nombreux ? J’ai envie de dire, ça concernait beaucoup d’assistants parlementaires ces invitations ?

[Adeline Monney] : Eh bien tous ceux qui travaillaient sur les textes de loi qui les intéressaient tout simplement.

[Jérémie Mercier] : D’accord, vous étiez dans leurs fichiers, et donc vous étiez invités.

[Adeline Monney] : À mon avis oui, ils nous avaient largement ciblés.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et donc toi, tu n’es allée qu’une fois à ce genre d’événement ?

[Adeline Monney] : Oui.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et par rapport au… Donc ça c’était à l’Assemblée nationale. Et ensuite, déjà une question, est-ce que ces textes de loi ou ces amendements écrits par l’industrie pharmaceutique, est-ce qu’ils passent facilement ensuite, lors des discussions à l’Assemblée nationale ? Ou bien est-ce qu’ils étaient un peu modifiés quand même ?

[Adeline Monney] : Mais personne n’est en mesure de voir si c’est eux qui les ont écrit ou nous. Puisque de toute manière, enfin, en même temps, là où j’avais été impressionnée, c’est que, quand on fait un amendement à l’Assemblée nationale – c’est le règlement de l’Assemblée et le règlement du Sénat en référence à notre Constitution – on est obligé de gager. Alors, ce terme signifie que quand tu engages une dépense qui est supérieure pour le budget de l’État et qui risquerait de le grever, on est obligé de prévoir une recette dans les mêmes proportions qui puisse compenser de manière à ce que ce soit neutre en termes de finalité budgétaire. Et ce qui m’avait hyper étonnée, c’était de me dire mais les mecs sont quand même super doués parce qu’au niveau des textes, ils maîtrisaient tout. Et donc les amendements dès lors on va dire qui prévoyaient une dépense excessive ou alors importante, ils nous donnaient les moyens de pouvoir gager nos amendements. Donc tout, enfin, le travail était vraiment du prémâché. Moi, je suis quelqu’un qui aime vraiment aller au bout de mon job, donc avoir carrément tout fait, j’étais assez admirative de leur manière de fonctionner. Ce qui sous-entend, à mon humble avis, qu’il y ait d’anciens collaborateurs parlementaires qui soient partis chez eux pour pouvoir faire les choses on va dire de la manière la plus transparente, puisque, effectivement, c’est le job d’un assistant parlementaire.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et quand ils gagent donc ces dépenses, de quelle manière ils compensent ? Enfin, comment est présentée la compensation pour éviter d’avoir un déficit ?

[Adeline Monney] : Alors, c’est tout simple parce que généralement, on prend la facilité de gager sur tout ce qui est taxes. Donc de toute manière, on trouve une taxe n’importe laquelle, qu’il s’agisse du tabac, qu’il s’agisse de l’alcool, qu’il s’agisse… après, peu importe la taxe. Mais c’était assez habile parce que souvent, en plus, il y avait, on avait l’impression quelque part qu’il y avait un côté, je ne vais pas dire bonne conscience, mais, si par exemple pour une dépense en matière de santé, pour aller dans le sens justement d’un mieux, tu gages ton amendement sur un droit sur les tabacs, effectivement, tu te dis c’est vraiment dans un objectif santé.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Donc c’est en plus,

[Jérémie Mercier] : C’est très bien vu, oui, c’est très très intelligent.

[Adeline Monney] : Oui, moi, je trouvais ça extrêmement habile.

[Jérémie Mercier] : D’accord, ok, super intéressant ! Et qu’est-ce que tu as vu, donc ensuite, tu as quitté l’Assemblée nationale et ton travail d’assistante parlementaire pour aller travailler au ministère de la Santé. Qu’est-ce que tu as observé ? Peut-être pas, du coup, de façon aussi directe, la présence des laboratoires, en tout cas pas à ton niveau. Qu’est-ce que tu as pu observer qui a été étonnant ? 

[Adeline Monney] : Ce que j’ai trouvé le plus étonnant, la lourdeur.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Parce qu’à l’inverse, et peut-être de manière schématique, on peut remarquer que quand on travaille avec un politique et quand on est en direct avec lui, ça va vite. C’est-à-dire que le temps politique, c’est l’immédiateté. Puisque de toute manière, on est dans une société extrêmement médiatique, donc il faut qu’on parle. Et quand le politique veut, on fait immédiatement. Alors que dans l’administration, c’est l’inverse. C’est d’une lourdeur ! Moi quand j’ai vu les documents qu’il y avait à remplir en me disant il y a des pochettes bleues, il y a des pochettes vertes, il y a des pochettes jaunes, il y a des pochettes roses, il y a déjà toutes les couleurs. Après, il y a normal, urgent, très très urgent, très urgent. Il y a, on a une gradation de trucs. Et puis après, sur les fiches justement, où nos travaux circulent au travers la hiérarchie, on se dit mais c’est impressionnant le nombre de gens qui valident un dossier. Ce qui fait qu’entre le moment où tu prépares ta copie et puis l’opérationnalité de ton dossier, mais il s’est passé un temps monstrueux. Moi, je me souviens un jour j’avais eu une idée sur les projets de loi de financement et comme j’avais travaillé de l’autre côté, c’était super intéressant d’avoir à bosser là-dessus. Il se trouve qu’entre le moment où on a écrit le truc et puis le moment où c’est arrivé sur le bureau du directeur, le temps était tellement passé que c’était d’actualité pour l’année suivante. Et là, j’ai pris conscience, on va dire, de l’inertie de l’administration. Sans parler de la forme puisque la règle était d’écrire dans telle police de caractères et dans tel format au niveau du nombre. Et là, tu te dis, moi j’étais quelqu’un qui adorait écrire. Donc, quand je fais un dossier, j’aime énormément expliquer à la personne qui est au-dessus de moi pour qu’elle le valide et qu’elle comprenne le fondement. Il se trouve que là, quand il faut faire sur un nombre de caractères limités et en plus dans une police donnée avec un format donné, c’est vrai que tu ne peux pas tricher. C’est-à-dire que moi, au début, j’avais essayé de ramasser en écrivant plus petit et dans une autre police. Et là je me suis dit non, je suis grillée, c’est impossible. Donc on n’a aucune latitude, c’est-à-dire qu’on est dans des carcans. L’administration est un carcan pour moi.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et est-ce qu’il ne pourrait pas y avoir un côté positif de l’administration pour justement venir contrecarrer le pouvoir de certains lobbies pharmaceutiques, notamment ? Par cette lenteur, par cette lourdeur, justement, qui va peut-être,

[Adeline Monney] : Justement, là où je contrebalance quand même l’avantage de la lourdeur, ou alors du temps, c’est-à-dire que dans les ministères, on prend souvent des gens sur 3 ans. Et du coup, il n’y a aucune permanence, c’est-à-dire qu’il y a aucune mémoire dans un ministère. Et moi ça m’avait inquiétée. Alors je suis quelqu’un qui suis passionnée d’histoire, quelle qu’elle soit, l’histoire de France comme l’histoire sociale, comme toutes les formes d’histoire. Puisque je trouve que quelqu’un qui oublie son histoire, il oublie le sens de la mission qui lui est confiée. Et notamment quand il y a eu le scandale de Mediator, il se trouve que nos archives au ministère sont tellement, on va dire, sans forme, à l’époque du moins quand j’y étais, on n’avait pas de règles. Donc chacun classait ses dossiers comme il le souhaitait et on a énormément de papiers. Après, il nous appartient de ranger nos fichiers dématérialisés comme nos fichiers papiers. Et quand on cherche quelque chose, on ne sait jamais où c’est du coup. C’est-à-dire que si quelqu’un était en poste il y a 3 ans et il y a un scandale 4 ans plus tard. Eh bien, le mec ou la nana, il a changé de job et on ne sait absolument pas où il a rangé ses trucs et comment il les a classifiés. Donc quelque part la vertu de ce scandale, ça a été de nous dire il va falloir qu’on définisse des règles d’archivage et on y a pensé à ce moment-là. Ce qui paraît quand même, mais extrêmement aberrant, à mon sens.

[Jérémie Mercier] : Effectivement. Et comment ça a été vécu l’affaire du Mediator, puisque tu étais au ministère à cette époque ?

[Adeline Monney] : Je dirais peut-être dans l’angoisse quand même. Eh oui, puisque tout le monde s’inquiétait. Et à juste titre, parce que déjà quand tu n’arrives pas à retrouver les données. (raclement de gorge)

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Il n’y a pas besoin d’aller chercher plus loin.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Mais ils ont été retrouvés quand même.

[Jérémie Mercier] : Ça a été retrouvé quand même, ok !

[Adeline Monney] : Je vous rassure, tout est rangé. Après, la question est où c’est rangé ?

[Jérémie Mercier] : D’accord, ok. Est-ce que toi, tu as pu voir, comme tu as été en contact direct avec les politiques, donc je parle des ministres de la Santé ou des députés de haut rang sur des questions de santé. Est-ce que tu as pu sentir chez ces personnes un véritable intérêt pour le bien commun ou c’était plutôt secondaire ça ?

[Adeline Monney] : Alors le rapport au politique, je l’ai davantage vécu à l’Assemblée parce que quand on travaille dans un ministère, mais dans une fonction administrative, on n’a jamais accès aux politiques.

[Jérémie Mercier] : D’accord, ok.

[Adeline Monney] : On va à des réunions avec les membres du cabinet pour leur expliquer les aspects techniques des dossiers, mais on n’a pas accès aux politiques directement. En revanche, en travaillant à l’Assemblée, j’avais un accès total aux politiques puisque j’allais à toutes les réunions. Et puis après, tout dépend de la manière dont on fonctionne avec son député. Mais moi, je sais que c’était assez souple, ce qui fait que dans de nombreuses réunions, je me retrouvais à la limite la seule collaboratrice parlementaire avec des politiques. J’avoue que j’aimais bien parce que bon, quand on maîtrise ses dossiers, je pense qu’on n’est pas dans l’angoisse de pouvoir s’exprimer. Et au contraire, ça me permettait de les voir dans un quotidien et puis de mesurer à peu près leur degré d’investissement. Ce qui m’a quelque part attristée, c’est de me dire que au fond à l’Assemblée nationale, sur les 577, c’était toujours les mêmes qui étaient passionnés et qui bossaient comme des malades. Et puis les autres, bon, on va dire qu’ils font du médiatique, ils ne font pas de la politique.

[Jérémie Mercier] : Ok. Pour revenir à ma question, ils étaient passionnés, peut-être effectivement, ces quelques députés que tu croisais en permanence ou peut-être ces ministres aussi dans le tas. Est-ce qu’il y avait une vraie conscience du bien commun, du bien supérieur ou c’était plus quelque chose qui allait dans le sens d’une industrie ?

[Adeline Monney] : Alors là, sans aucune hésitation, ça va dans le sens d’une industrie. On va dire que chacun pense surtout à son objectif personnel. Mais la question, elle va, enfin je pense que ce n’est pas une question de pouvoir parce qu’elle est véritable aussi bien pour le collaborateur parlementaire qui voit son avenir, que pour le ministre qui pense à son image, que pour le député qui veut briller au niveau de sa circonscription et puis monter d’un cran. Au fond, chacun dans le poste qui est le sien dès lors qu’il est confronté au pouvoir, aspire à en avoir davantage. C’est triste parce qu’au fond, on retombe dans les livres de philo qu’on apprend en terminale. Mais en même temps, c’est exactement ça. Alors ça va de la collaboratrice parlementaire qui va sortir avec le fils d’un grand labo, en se disant, super, je vais monter socialement et je vais peut-être pouvoir évoluer par rapport à mon statut de collaboratrice. Jusqu’au parlementaire qui, sur des débats assez médiatisés, veut que au fond dans sa circonscription, on puisse voir qu’il s’est mobilisé à fond et être réélu la prochaine fois. Et puis le ministre qui lui voit plus haut et puis imagine sa suite, et du coup, se donne une image au travers certains comportements, ou alors au travers certaines médiatisations de ses actions. Au final, chacun aspire à davantage. Et c’est drôle parce que c’est une conversation que j’avais eu paradoxalement avec un garde du corps qui m’avait dit : « Écoute, commence à regarder ta carrière, puisque moi qui les suit en permanence, je peux te dire une seule chose, descend de ton idéalisme et apprends à voir les choses telles qu’elles sont et non telles que tu voudrais qu’elles soient. » Et je m’étais dit, alors là c’est vraiment le bouquet, en plus j’ai des leçons quelque part de philo par le garde du corps, sans mépris du tout pour le job, parce que franchement les mecs, ils ont les nerfs solides.

[Jérémie Mercier] : Ok. Mais ça montre à quel point on peut être blasé quand on a passé quelques années dans ce milieu aussi.

[Adeline Monney] : Totalement parce que je pense qu’on prend conscience de son impuissance. Et pour ma part, c’est ce qui m’a fait quitter parce que ne rien pouvoir faire, pour moi, c’est le sommet de la frustration.

[Jérémie Mercier] : Alors du coup, ça amène une autre question et ce que tu dis me fait beaucoup penser à un film que tu as peut-être vu : « L’Exercice de l’Etat » avec Michel Blanc qui joue le rôle d’un directeur de cabinet du ministre des Transports.

[Adeline Monney] : Non, je ne l’ai pas vu. J’avais vu celui où c’était, comment ça s’appelle…

[Jérémie Mercier] : Quai d’Orsay ?

[Adeline Monney] : Ouais.

[Jérémie Mercier] : Je ne l’ai pas vu celui-là.

[Adeline Monney] : C’était hyper bien fait !

[Jérémie Mercier] : D’accord. « L’Exercice de l’Etat », en tout cas, c’est un film que je recommande beaucoup et qui m’a vraiment marqué à l’époque. La question qui est arrivée à la fin de ce film, c’est pas un spoiler parce qu’on s’en doute un petit peu, c’est finalement où est le pouvoir ? Parce qu’au final, ce que montre le film quelque part, c’est que même les ministres, eh bien, en fait, ils n’ont pas de pouvoir. Et même le président, il n’a pas de pouvoir. En fait, ce sont finalement des pions d’un jeu qui les dépasse. Qu’est-ce que tu as pu,

[Adeline Monney] : Ça c’est une certitude.

[Jérémie Mercier] : C’est quoi ?

[Adeline Monney] : C’est une certitude.

[Jérémie Mercier] : Oui.

[Adeline Monney] : En plus, enfin, je vais évoquer une thématique qui n’est pas forcément celle que j’aurais osée spontanément mais je vais quand même le dire. C’est vrai que sur certains textes de loi, quand tu veux faire avancer ton projet et que tu te dis, au fond, la question n’est pas gauche, droite, milieu, extrême ou autres. Mais plus obédience et de se dire, bon, eh bien, puisque les mecs se retrouvent dans d’autres cercles et que les intérêts dépassent ceux de la politique. Effectivement, les alliances ne sont pas forcément celles que, naïvement, on croit quand on est la simple personne qui va poser son bulletin dans l’urne.

[Jérémie Mercier] : Ok. 

[Adeline Monney] : Et là, on prend conscience que le pouvoir, il est ailleurs clairement.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et est-ce que ces personnes qu’on voit dans les médias ont, effectivement donc, elles n’ont pas finalement tellement de pouvoir, c’est ça un peu l’observation.

[Adeline Monney] : Moi, je pense que les médias, de toute manière, c’est des gens qui cirent les pompes.

[Jérémie Mercier] : D’accord. (rires)

[Adeline Monney] : Alors quand on voit le niveau de la presse aujourd’hui en France, mais c’est alarmant quoi ! Affligeant, affligeant.

[Jérémie Mercier] : Ok.

[Adeline Monney] : A la limite quand j’étais étudiante à Sciences Po, lire Le Monde, on avait l’impression qu’on se cultivait. Aujourd’hui, lire Le Monde, quand tu finis une page, tu te dis, mais merde j’ai appris quoi ? Eh bien, rien !

[Jérémie Mercier] : Ok, oui. Est-ce que tu as l’impression qu’il y a une baisse, alors déjà de la qualité de la presse premièrement et de la compétence des politiques ou des administratifs de haut niveau aujourd’hui ?

[Adeline Monney] : Ah moi, je le pense sincèrement. Et puis, la tristesse quelque part, c’est que je pense que, peut-être monsieur Macron s’était pas préparé à la prise de pouvoir. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on a des parlementaires qui sont mais alors d’un niveau que je me réserverais de qualifier pour pas être méchante. Mais on en est quand même conscient dans certaines circonscriptions, et pourtant je suis une femme, où on a mis des femmes qui sont franchement, mais alors, elles se demandent même parfois certaines pourquoi elles sont là puisqu’elles ont pris le job parce que, eh bien, il y avait personne. Et je pense qu’au niveau de la connaissance des thématiques ou alors tout simplement du métier de parlementaire, il y a un affaiblissement total du coup.

[Jérémie Mercier] : Ok. 

[Adeline Monney] : Et là, je trouve que c’est dangereux pour une démocratie parce que bon, alors après on a les relais presse qui nous disent on a passé en 49.3, on a fait ci on a fait ça. En plus, c’est médiatisé. Après, si chaque Français apprenait la Constitution à l’école et qu’on maîtrise un petit peu ce que sont nos textes et notre Constitution, moi ça me paraîtrait pas aberrant. Ça éviterait qu’on entende autant de conneries dans la presse. Et puis que tout le monde gobe parce que souvent, les gens avalent ce qu’on leur donne sans digérer. Il n’y a aucune forme de curiosité intellectuelle. Moi, c’est surtout ce qui m’interpelle en France plus particulièrement, parce qu’il y a quand même des populations où les gens sont critiques. Nous, on est critique, mais on ne va jamais au fond.

[Jérémie Mercier] : Tu penses à quelles populations, où tu vois plus cet esprit critique ?

[Adeline Monney] : Eh bien, enfin, je ne sais pas, mais quand je vois par exemple les pays nordiques, la manière dont ils ont de gérer, ou alors tout simplement l’Allemagne, l’Autriche, on a quand même des manières de concevoir le civisme qui ne sont pas les nôtres.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Et est-ce que quand je parle de médiocratie, alors je ne sais plus qui est-ce qui a mis en avant ce terme, est-ce que ça te parle, aujourd’hui est-ce qu’on est arrivé en médiocratie ? C’est-à-dire que – si j’ai bien compris ce terme – ça veut dire que c’est une démocratie où le système a fait en sorte que ce soient quelque part les plus médiocres qui arrivent en haut du entre guillemets « pouvoir » puisqu’on vient de dire que ces gens là n’ont pas vraiment de pouvoir.

[Adeline Monney] : Eh bien moi je pense quand même que oui.

[Jérémie Mercier] : Oui. Donc on est à ce stade là aujourd’hui.

[Adeline Monney] : Ah oui, je pense. Et puis ça me rappelle la fois où j’ai donné des cours à l’ENA. Où je me suis dit dans la promo, il y avait un mec, mais il était brillantissime, avec un esprit vraiment de curiosité et de réflexion. Toutes ses remarques étaient franchement intelligentes. Il était le seul d’ailleurs, ce qui est pas rassurant.

[Jérémie Mercier] : Sur combien ?

[Adeline Monney] : Alors on donnait des cours avec un collègue, donc ils étaient environ, je ne sais plus, 60 ou 80, moi j’en avais moitié.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Mais, je m’étais dit dans un amphi, ça me fait drôle quand même d’en avoir qu’un qui, au fond, qui aspire à avoir des vraies réponses, qui veut dialoguer et comprendre. Alors que les autres, au fond, ils cherchaient à recracher la meilleure réponse pour la copie qu’ils allaient avoir à remplir. Et moi, qui suis toujours, je me suis toujours comportée comme quelqu’un qui voulait aller à la source, qui voulait tout comprendre, parfois extrêmement chiante je peux reconnaître. Mais du coup, j’étais assez atterrée de me dire, c’est incroyable que dans une école comme celle-là où on devrait davantage apprendre aux gens à réfléchir qu’à apprendre, eh bien on ait fait l’inverse.

[Jérémie Mercier] : Oui.

[Adeline Monney] : Je pense qu’on veut davantage des toutous.

[Jérémie Mercier] : On veut des toutous, oui, c’est ça.

[Adeline Monney] : Mais d’ailleurs, même en Prép’ENA. Parce que moi, je vois en Prép’ENA, on travaillait énormément sur le fait de faire des fiches, c’est-à-dire qu’on avait un quota de bouquins à avoir lu. Et comme tout le monde ne voulait pas s’embourber tous les bouquins, c’était un partage de fiches. De se dire, bon eh bien écoute, tu as lu tel bouquin, fait une fiche, et allez hop, c’est bon, au moins on aura l’impression qu’on l’a lu. Moi, j’avais la soif de tout connaître et je me disais, attends, merde, si la personne elle ne le lit pas comme moi, il va me manquer des choses dans le bouquin. Donc j’avais du mal, donc j’avais fait un max de fiches et je les avais partagées. Et un jour, il y en a un qui me dit, mais tu te rends compte, on est en concurrence, tu as partagé tes fiches. Et je me suis dit, au fond, on est dans une telle logique de compétition et puis dès le départ de détestation de l’autre, au lieu de faire équipe. Puisque normalement, quand on veut réformer un pays et qu’on veut aller de l’avant, moi j’étais plus dans une logique collaborative. Mais absolument pas. Et c’est là où on mesure qu’au fond, dès le départ, c’est un peu chacun pour lui-même.

[Jérémie Mercier] : Oui. Du coup, après une bataille d’ego pour une carrière avec une illusion de pouvoir et de prestige.

[Adeline Monney] : Moi, je dirais que ce sont pas les meilleurs de ma promo qui ont eu les meilleurs postes, clairement. Et qui ont eu les plus belles évolutions de carrière.

[Jérémie Mercier] : Et ce jeune homme qui était dans ta classe à l’ENA, tu sais ce qu’il est (devenu), donc qui était brillant selon toi…

[Adeline Monney] : Absolument pas !

[Jérémie Mercier] : Donc tu ne sais pas ce qu’il fait, d’accord.

[Adeline Monney] : Du tout.

[Jérémie Mercier] : En tout cas, il n’est pas parmi ceux qui ont été médiatisés depuis, quoi.

[Adeline Monney] : Du tout, du tout, du tout. Par contre ceux qui sont médiatisés (rires), je préfère me taire.

[Jérémie Mercier] : Ok, bon, je vais dire la suite, ceux qui sont médiatisés, ce ne sont pas les meilleurs.

[Adeline Monney] : Oui, c’est ça.

[Jérémie Mercier] : Ok, bon, on a bien compris. Donc finalement, on est bien dans cette médiocratie qui est présente partout et qu’on n’arrive même plus… Enfin, je pense, j’ai l’impression que de plus en plus de gens s’en rendent compte. Mais ce terme là n’est pas assez connu à mon avis. On pense toujours qu’on est en démocratie. Non, on est en médiocratie, ça change tout.

[Adeline Monney] : Pour moi, c’est une certitude. Sinon, je pense qu’on aurait davantage choisi de « copier » entre guillemets, certaines expériences, parce que sur certains domaines les Belges ou les Canadiens, voire les Australiens, ont des initiatives qui sont géniales, qui en termes d’économie sont quand même assez topissimes et qui ont fait leurs preuves aujourd’hui.

[Jérémie Mercier] : Tu penses à quel domaine ou à quel sujet ?

[Adeline Monney] : Je pense à tout ce qui est, alors c’est vraiment une thématique que je détestais, mais sur laquelle j’ai eu à travailler et du coup je m’y suis vraiment intéressée, sur tout ce qui est échange de fichiers et protection des données. Et en matière de santé sur ces thématiques-là, ils sont largement plus avancés que nous.

[Jérémie Mercier] : D’accord.

[Adeline Monney] : Mais nous, on aime bien avoir 50 institutions pour faire le boulot qu’une seule pourrait faire. Nous, on adore avoir des petits chefs. Au moins ça permet à chacun d’avoir son petit pouvoir. Et je crois que la problématique majeure est celle-là.

[Jérémie Mercier] : Et comment on peut, comment aujourd’hui peut-être on pourrait sortir de ce système de médiocratie pour aller vers quelque chose de beaucoup plus juste qui s’intéresse au bien commun et qui apporte un vrai plus pour l’humanité ?

[Adeline Monney] : Alors, c’est triste, mais je pense qu’on n’est pas encore assez pauvre pour être intelligent, je m’explique.

[Jérémie Mercier] : Pas assez pauvre pour être intelligent ?

[Adeline Monney] : Oui. Je pense que le jour où on aura vraiment un déficit abyssal et une dette colossale, là on va se dire mince, il va falloir réagir. Parce que souvent les Français, enfin c’est un pays qui historiquement ne réagit que quand il est vraiment au fond. Et à ce moment-là, je pense qu’il y aura un sursaut, alors je ne sais pas, révolutionnaire ou intelligent. Parce que, effectivement, il y a énormément de réformes possibles. Mais quelque part, personne n’a le courage de le faire. Je me souviens une fois, j’avais souhaité à un politique d’avoir du courage si tant est qu’en politique, on ne puisse pas appeler ça oxymore. Et après je me suis dit, j’y suis allée fort. Mais effectivement, je pense qu’on poursuit des objectifs d’immédiateté et on n’a aucune vision des conséquences à long terme. Ce qui fait qu’on ne va pas vers des réformes en profondeur. On ne va jamais au bout de rien. Et il faut cette perspective du long terme. Déjà, je pense que le quinquennat, c’est une foutue connerie. Et tant que les gens ne seront pas davantage responsables, on ne pourra jamais avancer.

[Jérémie Mercier] : D’accord. Donc, quelque part, selon toi, il faudrait attendre qu’on soit encore un peu plus au bout, c’est ça, pour qu’il y ait un sursaut ?

[Adeline Monney] : C’est triste à dire, mais je pense, oui.

[Jérémie Mercier] : Et là, on n’est pas près de ce bout là ? Parce que, enfin, je trouve que l’actualité politique et sociale est assez chargée en France actuellement.

[Adeline Monney] : Je pense que les gilets jaunes ont déjà donné une première idée de ce que pouvait être le bout, effectivement. Je pense qu’il y a quand même une partie des Français qui, déjà, est totalement déconnectée de la réalité politique telle qu’elle est. Et du coup, l’imaginent peut-être encore pire qu’elle peut être. Mais du coup, il y a une incompréhension entre déjà la masse et les élites. En même temps, je pense que tout est fait pour qu’il y ait un fossé entre les deux. Et ça c’est dommage.

[Jérémie Mercier] : Ok, d’accord. Et par rapport au milieu de la santé qui est celui qui, moi, me passionne le plus avec celui de l’environnement que tu connais peut-être un peu moins. Par rapport au milieu de la santé, comment on pourrait, selon toi, avoir une amélioration des politiques de santé qui se préoccupent réellement de la santé et qui ne soient pas juste dans un management de la maladie avec option médicamenteuse mise largement devant les autres ?

[Adeline Monney] : Je pense que déjà, si on pouvait mettre l’accent sur la prévention, ce serait fondamental. Parce que la problématique est déjà pas bonne, on parle d’assurance maladie aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il y a un risque, on l’assure. Bon, c’est une logique qu’on a pris quand même à notre histoire sociale. Aujourd’hui, je pense qu’il faudrait la dépasser. On a les moyens de travailler autrement, c’est-à-dire qu’au lieu de faire du curatif, on pourrait faire du préventif. Là, il y a une culture à développer chez chacun des Français qui est gigantesque. Aujourd’hui, le médicament est vu comme un dieu, à la limite. C’est le dieu médicament, allez hop, je vais guérir. Donc, on est passé du roi thaumaturge, aux médicaments miracles. Je trouve quand même que le chemin est assez inquiétant. Puisque si le médicament était si miraculeux, aujourd’hui on ne serait pas dans une psychose totale par rapport au coronavirus. Effectivement, quand on voit au ministère de la Santé comment sont gérées les problématiques, on a des syndicats de médecins qui, à mon avis, n’ont pas vu de patients depuis très, très longtemps. Et qui néanmoins, sont les personnes consultées au moment des textes. Moi, je trouve ça extrêmement inquiétant parce que même au niveau décisionnel, c’est toujours les mêmes. Et autant il n’y a pas de renouvellement des élites, mais il n’y a pas non plus de renouvellement au niveau des syndicats, au niveau des prises de décisions.

[Jérémie Mercier] : D’accord, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui s’accrochent à ce petit pouvoir et qui font que les choses n’avancent pas. Et on reste sur des erreurs d’absence de prévention, d’absence de prise en charge globale de la santé et de peut-être aussi de mise en avant de l’esprit critique.

[Adeline Monney] : Totalement. Regarde les vaccins là pour les gamins, au fond, certains ont râlé. Mais 11 vaccins sur un petit nouveau-né qui n’a pas encore de défenses immunitaires. Mais enfin, moi, je trouve ça aberrant, juste aberrant. Mais c’est la preuve que dès le départ, je pense qu’en France, on a le malheur avant d’avaler quelque chose, on va lire tous les effets indésirables avant d’avaler la capsule, c’est-à-dire qu’on aime voir ce qui ne va pas. Et partant de ce postulat, je pense qu’on n’est pas prêt d’avancer. C’est vraiment quand on voit la consommation de neuroleptiques, d’antidépresseurs et tous ces trucs-là. Mais bon sang, enfin, allez faire un séjour en Irak, en Afghanistan, vous allez rentrer, vous allez voir le moral. Enfin moi, je suis quand même, mais franchement, alors peut-être c’est le fait que j’ai énormément de recul ou que j’ai quand même pas mal voyagé, par choix personnel puisque c’est ce que j’ai préféré en termes de dépenses. Mais je me dis c’est impressionnant de voir le manque de recul des Français.

[Jérémie Mercier] : Est-ce que ça ne serait pas lié, peut-être, à un sentiment d’impuissance dans un système justement complètement sclérosé ? Que ce soit au niveau de l’entreprise, au niveau politique, au niveau de la vie sociale, de la société en général.

[Adeline Monney] : C’est possible. Parce que je pense que de toute manière, même dans l’entreprise, tout est fait pour que rien ne change. Alors peut-être des entreprises anglo-saxonnes, où je vois certains de mes amis qui m’en parlent, je me dis là par contre, il y a des leviers d’action, puisque chacun a le droit d’être intelligent et d’avoir des idées, ça c’est top. Alors que nous, dans nos manières de fonctionner franco-françaises, c’est vrai que si grand chef a dit, tout le monde obéit, même si grand chef est l’abruti le plus notoire qui soit.

[Jérémie Mercier] : Parce qu’on a aussi une médiocratie dans l’entreprise.

[Adeline Monney] : Eh bien, je trouve aussi quand même.

[Jérémie Mercier] : C’est ça, c’est un système qui s’est répandu un peu partout !

[Adeline Monney] : Voilà, clairement.

[Jérémie Mercier] : Bon, eh bien, en tout cas, donc aujourd’hui, tu as quitté le monde de la politique et de la haute administration.

[Adeline Monney] : Oui.

[Jérémie Mercier] : Pour ton plus grand bonheur, j’ai l’impression.

[Adeline Monney] : C’est totalement ça !

[Jérémie Mercier] : Ok ! Bon.

[Adeline Monney] : Je ne vois mes collègues que pour leur transmettre du bonheur et de la bonne humeur.

[Jérémie Mercier] : Ok ! Merci beaucoup Adeline pour ce témoignage et ce partage. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui vont découvrir des choses qu’ils n’imaginaient pas du milieu de la politique et de la haute administration. Et bien je te souhaite une bonne nouvelle carrière dans ce nouveau domaine qui te plaît tant.

[Adeline Monney] : Merci beaucoup.

[Jérémie Mercier] : Merci Adeline, au revoir.

[Adeline Monney] : Au revoir.